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La République des Tamagotchis

De Luc Boulanger

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Résumé

Qu’arrive-t-il lorsque les enfants sont fatigués d’être considérés comme une dépense, comme de simples codes administratifs, lorsqu’ils en ont marre de surfer d’une garderie à l’autre ? Ils décident tout simplement de prendre le pouvoir et de refaire la société à leur image. Ce qui, bien sûr, provoque un certain chaos, mais également des situations inhabituelles sources de renouveau.

Une réflexion sur la place des enfants dans le monde d’aujourd’hui, sur nos valeurs et un beau moment de théâtre plein d’humour, de candeur et de naïveté.

Fiche technique

  • Style/Thème : Comédie dramatique sur le sentiment d’abandon qu’éprouvent les jeunes face à la frénésie de la société actuelle.
  • Lieu : Au parlement, au terrain vague
  • Nombre de comédiens : Entre 20 et 25
  • Durée : 60 minutes
  • Âge : 8 à 13 ans
  • Niveau : Intermédiaire

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Informations générales

 

Qu’est-ce que le droit d’auteur ?
Le droit d’auteur garantit la protection des oeuvres littéraires, dramatiques, artistiques et musicales, des enregistrements sonores, des représentations d’une oeuvre en public et des télécommunications. Le droit d’auteur donne aux créatrices et créateurs le droit, devant la loi, d’être rémunérés pour leurs oeuvres et d’en contrôler l’utilisation.
Une fois que j’ai acheté un texte, est-ce que je peux l’utiliser à ma guise ?
Le fait d’acheter un texte sur le site de Animagination vous permet d’avoir accès à l’oeuvre intégrale que vous pouvez lire seul, en groupe ou encore travailler en classe ou en atelier. Mais le simple achat du texte ne vous donne pas l’autorisation de le jouer en public. Pour cela, il faut payer les droits de représentation.
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Vous pouvez revenir en tout temps sur le site de Animagination pour acquitter les droits de représentation. Il est préférable de le faire avant la tenue de l’activité ; la facture faisant office de preuve que vous détenez les droits de représentation. Cela dit, il n’est jamais trop tard pour payer les droits et ainsi régulariser votre situation.
Est-ce que les écoles doivent payer les droits de représentation ?
Si le texte est joué en classe ou devant un public exclusivement formé d’élèves, les écoles n’ont pas à payer les droits de représentation. Cependant, pour les représentations où les parents et amis sont invités, les droits de représentation s’appliquent.

Notez que les écoles du Québec bénéficient d’une entente entre l’AQAD (L’Association Québécoise des Auteurs Dramatiques) et le MELS (Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) qui défraie les droits de représentation devant un public de parents et d’amis. Il faut alors remplir un formulaire sur le site de l’AQAD

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Oui, Animagination accepte de facturer les écoles du territoire de la province de Québec seulement. Il suffit alors de nous faire parvenir un courriel avec le titre de la pièce, le nom de la personne responsable, la ou les dates approximatives de représentation ainsi que l’adresse complète de l’école. Le délai de réponse est de 24 à 48 heures.
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Les pièces doivent être présentées dans leur intégralité. Il faut une autorisation de l’auteur pour présenter un extrait et le droit d’auteur s’applique assurément.
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Vous devez respecter l’intégrité du texte. Cependant, vous n’avez pas besoin d’autorisation pour les modifications suivantes : changement d’un nom de lieu, transformation d’un personnage féminin en masculin (ou vice versa), changement d’une expression qui n’est pas commune à l’endroit où la pièce est présentée. Aussitôt que vous transformez complètement une réplique, vous devez communiquer avec l’auteur.
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Il n’y a aucun problème à garder le texte dans vos archives. Cependant, s’il est présenté à nouveau, il faut acquitter les droits de représentation.
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Pour toutes publications, sous toute forme que ce soit, il faut contacter l’auteur ou ses représentants.
Est-ce qu’on peut retrouver les textes en librairie ?
Les textes sont seulement disponibles sur le site de Animagination.

Luc Boulanger

Luc Boulanger auteurDétenteur d’un certificat de deuxième cycle en journalisme, c’est d’abord avec sa plume que Luc Boulanger s’est démarqué. Il a écrit une cinquantaine de pièces de théâtre qui sont diffusées dans internet et jouées partout sur la planète ; de Fermont au Kirghizistan, en passant par Singapour et Genève.

Il est cofondateur de la troupe de théâtre Animagination qui présente depuis plus de 25 ans des spectacles pour jeune public. En plus de concevoir les pièces, il est également comédien. La troupe se produit entre 50 et 100 fois par année au Québec et dans la francophonie canadienne. Animagination a eu la chance de travailler avec l’auteur Dominique Demers pour la conception et la présentation d’une pièce de théâtre mettant en vedette le personnage de Mademoiselle Charlotte.

En 1996, il a participé à la création du centre d’art La Chapelle, la salle de spectacles de son quartier dont il fut le premier coordonnateur durant trois ans. Il est resté un collaborateur actif du lieu et plusieurs de ses productions théâtrales sont présentées en primeur à La Chapelle.

Luc Boulanger a énormément travaillé comme animateur auprès des jeunes et des adultes. Il a notamment accompagné plusieurs groupes de voyageurs, visitant ainsi plus de 25 pays. Aujourd’hui, il agit davantage en tant que formateur en théâtre, en improvisation et en cinéma. Il fait partie de la liste de ressources du programme « Écrivains à l’école » subventionné par le ministère de l’Éducation. Une de ces expériences marquantes en tant que formateur est une série de trois séjours au Nunavik pour enseigner à de jeunes animateurs Inuits.

Grand amateur de cinéma, Luc réalise des films et des clips vidéo depuis qu’il a dix ans. Lors d’un voyage en Allemagne pour assister à une de ses pièces jouées en allemand, il a monté un reportage en utilisant seulement son iPhone. D’ailleurs, il est un passionné d’informatique, il connaît bien le langage HTML et explore constamment le logiciel Photoshop. Il conçoit la plupart des affiches de ses spectacles et adore la photographie de plein air. À l’occasion, il accepte des contrats de photos.

Membre de l’Union des Artistes (UDA) et président du conseil d’administration de l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD), Luc Boulanger est interpelé par les conditions socio-économiques de ses pairs. Il est ainsi un des fondateurs du Regroupement énergique des petites entreprises de théâtre (RÉPET) qui vise à valoriser le travail des artistes de théâtre qui s’autoproduisent.

En septembre 2013, Luc Boulanger a reçu une médaille de l’Assemblée nationale pour la diffusion de ses oeuvres et son implication dans son milieu.

Articles de presse

La République des Tamagotchis

Extrait de la pièce

La République des Tamagotchis

 

de Luc Boulanger

 

Les personnages

 

Les jeunes :
Samantha : Leader du groupe, fille de tête, indépendante. « Sam » pour les intimes.
Cédric : Sentimental, secrètement amoureux de Samantha.
Dominique : La p’tite bolle, elletrippe sur Internet.
Bianca : Jeune voyante, superstitieuse, bonne amie de Samantha.
Eve : Elle aime se trouver des maladies, alors qu’elle est en pleine santé.
Eugénie : Marginale, elle dénonce la publicité et la surconsommation
Sabrina : Une fille à la mode, elle aime « flasher ».
Sarah : Elle trouve que ses parents ne s’occupent pas assez d’elle.
Mireille : Rangée, passionnée de jeux électroniques et de Tamagotchis.
Joanie : Gourmande.
Alexis : Sportif, en forme. Il rêve d’avoir son émission à la télé.
Gabrielle : Plutôt pessimiste, elle subi beaucoup de pression de la part de ses parents.
Gwenaël : Elle vient d’un autre pays et a de la difficulté à parler le Français.
Michaël : Monsieur bonne humeur.
Nancy : Naïve et toujours prête à embarquer dans tout.
Alysson : Amie et confidente de Samantha.
Léonardo DiPicolo : vedette de cinéma.

Les adultes :
Lucien Boucher : Premier ministre.
Adrien : Bras droit du Premier ministre, un peu nerveux.
Carmen : Mère de Sarah
René : Grand-père de Sarah
Didier : Animateur de l’émission « Pelletage de nuages ».
Julie : Animatrice de l’émission « Julie en folie »
Un régisseur de télé
Des journalistes

 

Ce texte est protégé par les lois sur le droit d’auteur. Avant de le reproduire (le photocopier), le présenter devant public ou le publier sur papier ou de façon électronique, assurez-vous d’avoir les autorisations requises. 

 

 

Scène moins un

 

Lucien Boucher arrive sur scène, sûr de lui, il va directement en avant vers le public.

 

Lucien : Chers membres de la chambre de commerce, chers invités d’honneur, madame la représentante de l’association….

 

Adrien arrive et interrompt Lucien Boucher

 

Adrien : Monsieur le Premier ministre !

 

Lucien Boucher n’est pas content de se faire interrompre.

 

Lucien : Qu’est-ce qu’il y a Adrien ?

 

Adrien : Je suis en train de rédiger votre réponse concernant la loi sur la publicité dans les écoles. J’aimerais qu’on reparle de votre position.

 

Lucien : Ma position est catégorique. Il n’est pas question que la publicité soit autorisée dans les milieux scolaires. Je ne reviendrai pas là-dessus.

 

Adrien : Je dois vous rappeler que plusieurs compagnies font pression afin que nous assouplissions la loi et ces compagnies ont généreusement contribué lors de votre compagne électorale.

 

Lucien : Ouin…

 

Adrien : Puis-je au moins démontrer une certaine ouverture ?

 

Lucien : S’il le faut !

 

Adrien : Parfait.

 

Adrien s’en va. Lucien recommence à pratiquer son discours.

 

Lucien : Chers membres de la Chambre de commerce, chers…

 

Adrien revient.

 

Adrien : Monsieur le Premier ministre !

 

Lucien : Qu’est-ce qu’il y a encore ?

 

Adrien : J’oubliais de vous dire que votre femme a appelé pour dire qu’elle ne pourra pas aller chercher les enfants après l’école.

 

Lucien : Quelle heure est-il ?

 

Adrien : Quatre heure et quart, Monsieur.

 

Lucien : Ça veut dire que cela fait trois quarts d’heure qu’ils poirotent et j’ai un discours à prononcer dans vingt minutes. (Vers Adrien) Mais faites quelque chose ! Aller les chercher !

 

Adrien : Je regrette monsieur, mais je dois rédiger votre réponse.

 

Lucien : Envoyez quelqu’un, un taxi, n’importe quoi !

 

Adrien, un peu affolé : Tout de suite, Monsieur.

 

Adrien s’en va. Lucien se prend le front et recommence à pratiquer son allocution. Il s’arrête soudainement, découragé. Il sort de scène.

 

 

Scène 0
Le rap du théâtre

 

Aujourd’hui, on va jouer
Une histoire bien tournée
Que l’on a préparée
Pour bien vous amuser

 

Refrain :
Le théâtre, c’est la joie
Le théâtre, c’est la vie
Le théâtre, c’est notre fun

 

À tous les samedis matins
On vient faire les cabotins
On se dépense, c’est certain
Plus besoin de Ritalin

 

On n’avait que quinze semaines
Fallait qu’on se démène
de la sueur et beaucoup de peine
pour écrire cette rengaine

 

Juste avant de commencer
Nous voulons vous présenter
Les acteurs de cette pièce
Applaudissons notre jeunesse

 

On présente les comédiens.

 

Et on quitte en répétant le refrain.

 

 

Scène 1

 

Bianca et Samantha surgissent des coulisses avec un sac à dos. Elles reviennent de l’école.

 

Sam : Ma mère était très contente de mon dernier bulletin. J’ai encore augmenté ma note en math. Elle a décidé de me faire un cadeau.

 

Bianca : Est-ce que t’avais le choix ?

 

Sam : Oui ! Et j’ai demandé une paire de patins à roues alignées.

 

Bianca : Moi, j’aurais pas demandé cela !

 

Sam : C’est pour me déplacer plus vite, faire mes commissions plus rapidement tout en me gardant en forme.

 

Bianca : C’est vrai que c’est pratique. Moi aussi, j’ai eu un cadeau.

 

Sam : Ah oui !

 

Bianca : Ma tante Rolande est venue chez-nous en fin de semaine.

 

Sam : La voyante.

 

Bianca : Elle dit que j’ai un don de clairvoyance, que j’ai hérité du talent familial. Elle m’a donné un jeu de Tarots. Regarde.

 

Bianca sort un jeu de tarots de son sac.

 

Sam : Wow ! Est-ce que tu voudrais lire mon avenir.

 

Bianca : Je sais pas.

 

Sam : Envoye-donc !

 

Bianca : Bien. Prends trois cartes.

 

Bianca présente son jeu et Sam prend trois cartes. Bianca reprend les cartes. Elle affiche un air surpris et un malaise.

 

Sam : Qu’est-ce qu’il y a ?

 

Bianca : C’est que…

 

Sam : Mais parle, je t’en supplie.

 

Bianca : Je vois pour toi de grands projets et de grands bouleversements.

 

Sam : Quel genre de bouleversements ?

 

Bianca : Je ne peux pas te dire, mais ne t’inquiète pas, tu en sortiras plus forte.

 

Sam : De toute façon, je ne crois pas à ces histoires. Comment peut-on lire l’avenir dans des cartes ?

 

Bianca : Les cartes ne content jamais ne mensonges.

 

Sam : Viens, je ne veux pas arriver trop tard chez moi. J’ai beaucoup de devoirs.

 

Samantha part. Perplexe, Bianca la suit quelques secondes plus tard.

 

Bianca : Attention ! Ne passe pas sous l’échelle. Ça porte malheur.

 

 

 

Scène 2

 

Les jeunes sont dans une chambre de jeux. Quelques jouets traînent par terre. Eugénie, Sabrina, Joanie (elle a un gros sac de chips dans les mains) et Alexis jouent au jeu de société « Jour de paye ». Sarah les regarde. Mireille, tranquille dans son coin, joue avec un Gameboy et un Tamagotchi.

 

Alexis : Joanie, c’est à toi. Joanie !

 

Joanie est en train de terminer un son sacs de chips. Sabrina lui enlève des mains.

 

Sabrina : T’as tout mangé les chips, y en reste plus.

 

Joanie vers Sarah : En avez-vous d’autres ?

 

Sarah : Exagère pas, c’est le deuxième sac que tu passes.

 

Joanie : J’ai encore un p’tit creux.

 

Sabrina : Arrête de manger, tu vas devenir grosse.

 

Eugénie : A mange tout le temps pis a reste maigre comme un piquet. A part de ça Sabrina Morin, y a pas de mal à être grosse.

 

Sabrina : Moi, je serai jamais grosse.

 

Eugénie : T’as déjà la tête enflée, c’est un bon début.

 

Sabrina : Toi, Eugénie Pelletier, tu penses tout savoir…

 

Alexis : OK, on se calme mesdemoiselles, on est là pour s’amuser.

 

Les deux filles se regardent.

 

Alexis vers Joanie : Au moins, arrête de manger des cochonneries si tu veux garder la forme.

 

Sabrina : Dépêche-toi Joanie, j’ai hâte de jouer.

 

Joanie tire les dés et déplace son pion. Elle arrête son pion sur jour de repos.

 

Joanie : Dimanche, jour de repos.

 

Sabrina : Parfait, c’est mon tour. (Elle prend les dés) Eurk ! Les dés sont tout huileux pis y a plein de graines de chips sur le jeu.

 

Eugénie : Pauvre p’tite fille. Envoye, joue donc !

 

Sabrina tire les dés. Son Pion s’arrête sur Aubaine.

 

Sabrina : Aubaine ! (Elle prend une carte qu’elle lit) « Vous pouvez acheter un beau bijou d’une valeur de 800$ que vous pourrez revendre le double si vous arrêtez sur une case Acheteur ». J’adore les bijoux, je le prends.

 

Sabrina prend de l’argent et en donne à Sarah qui s’occupe de la banque.

 

Alexis : Eugénie, c’est à toi !

 

Eugénie : Moi, je suis plus capable de jouer à votre jeu capitaliste. Vous vous en apercevez pas, mais ce jeu-là vous apprend à aimer l’argent et à être matérialiste.

 

Joanie : C’est pour le fun, c’est pas pour vrai.

 

Eugénie : Pourquoi on joue pas à des jeux où les gagnants seraient ceux qui partagent le plus.

 

Alexis : Parce que cela serait plate. Moi, c’est la compétition qui m’intéresse.

 

Sabrina : T’as des idées bizarres des fois, toi.

 

Carmen, la mère de Sarah, arrive sur scène.

 

Carmen : Sarah !

 

Sarah : Oui !

 

Carmen : Il va falloir que tes amis retournent chez eux.

 

Sarah : Pas tout de suite, on n’a même pas fini notre partie.

 

Carmen : C’est dommage, mais c’est comme ça.

 

Sarah : Pourquoi Maman !

 

Carmen : Grand-Papa René s’en vient.

 

Sarah : Youpi ! Ça veut dire qu’il va souper avec nous.

 

Carmen : Y s’en vient vous garder, je dois aller travailler.

 

Sarah : Ah non ! Tu m’avais dit qu’on allait se louer un film vidéo pis le regarder ensemble.

 

Carmen : Je le sais chéri, mais j’ai été appelée pour travailler. Je ne pouvais pas le prévoir.

 

Sarah : Tu m’avais promis.

 

Carmen : Fais-toi s’en pas, on va se reprendre. Tu pourras toujours en écouter un avec grand-papa.

 

Sarah : Est-ce que tu vas revenir tard ?

 

Carmen : Tu vas dormir. Mais je vais quand même aller te donner ton bec.

 

Sarah : Je ne vais pas dormir, je vais t’attendre.

 

Carmen : Attends-moi pas…

 

René entre sur à ce moment là.

 

René : Allô !

 

Sarah se jette sur René.

 

Sarah : Grand-papa ! Grand-Papa !

 

René : Tiens, si c’est pas ma p’tite-fille d’amour !

 

Sarah qui tire sur les bras de son grand-père : On va tu aller louer un film vidéo ?

 

Carmen : Sarah ! Fais attention ! Tire pas après grand-papa comme ça !

 

René : C’est pas grave ! Yé encore capable d’en prendre !

 

Sarah : On va tu n’en louer ?

 

René : Je le sais pas. Qu’est-ce que ta mère en pense ?

 

Carmen : Y a pas de problème. On était supposé en louer un ce soir. Je m’excuse, je dois y aller. Jonathan devrait revenir de son basket vers cinq heure, y a des nouilles dans le frigo et Stéphane prévoit revenir du bureau vers sept heures. Et j’ai demandé aux amis de retourner chez eux.

 

René : Y peuvent rester. Les enfants, ça m’énerve pas. J’étais l’aîné d’une famille de 14 et j’en ai élevé six.

 

Carmen : Comme vous voulez, mais si sont trop excités, gênez-vous pas !!!

 

René : Y aura pas de problème !

 

Carmen : Merci beaucoup popa ! Ça me dépanne vraiment !

 

René : Moi, ça me fait plaisir, ça me désennuie !

 

Carmen : J’y vais. S’il y a quelque chose, j’ai laissé le numéro sur le frigidaire. Au revoir !

 

Sarah : Salut maman ! À ce soir !

 

René prend une chaise et va s’asseoir près des enfants. Sarah reste près de lui.

 

René : C’est quoi donc ce jeu-là ?

 

Eugénie : C’est pas un jeu, c’est un lavage de cerveau.

 

René : Pardon !

 

Sabrina : Faites pas attention, Eugénie dit toujours plein de choses qu’on ne comprend pas. Même elle, a se comprend pas.

 

Joanie : C’est un jeu qui s’appelle « Jour de paye ».

 

Alexis : C’est simple : on avance nos pions sur un calendrier. Au début du mois, on a une paye. Avec l’argent, on règle les comptes et on peut aussi acheter des objets qu’il faut revendre.

 

René : Je trouve ça bien. Vous apprenez ainsi à gérer un budget parce que plus tard, vous autres aussi vous allez travailler et avoir des enfants.

 

Sarah : En tout cas, si je promets à mes enfants d’écouter un film vidéo, je vais respecter ma promesse.

 

René : Faut pas blâmer ta mère, ma chouette, elle travaille très fort pour vous offrir tout ce que vous avez de besoin. C’est pas facile aujourd’hui, pour joindre les deux bouts, faut que le papa et la maman travaille. Dans mon temps, on gagnait pas cher, mais c’était ben plus simple.

 

Sarah : Oui, mais je les vois presque jamais. Souvent quand j’arrive de l’école, faut que ma mère parte pour le travail.

 

Alexis : Moi, mon père est policier pis fallait qu’il travaille à Noël.

 

Sabrina : Mes parents travaillent dans les magasins, c’est rare qu’ils ont des congés ensemble.

 

René : Le monde est rendu fou. Mais, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ?

 

Eugénie : Justement, faudrait faire quelque chose ?

 

Joanie : On peut rien faire, on est juste des enfants.

 

René : Plus tard, vous aurez la possibilité de changer le monde.

 

Eugénie : Il va être trop tard. C’est tout de suite qu’il faut agir.

 

Alexis : Joanie, qu’est-ce que t’attend, c’est encore à toi.

 

Joanie : Excusez-moi, quand j’ai trop faim, je manque de concentration.

 

Les enfants se remettent à jouer silencieusement. René aperçoit Mireille dans son coin.

 

René : Qu’est-ce que tu fais là, toi, toute seule ?

 

Mireille : Hein ! Qui ? Moi ?

 

René : Ben oui, toi !

 

Mireille : Ah rien !

 

René : Approche ici la grande fille, viens me montrer ça.

 

Mireille ne bouge pas.

 

René : Viens me voir, je te mangerai pas.

 

Mireille approche tranquillement. René prend le Tamagotchi.

 

René : C’est quoi ça ? Un jeu vidéo ?

 

Mireille : C’est un Tamagotchi.

 

René : Un quoi ?

 

Mireille : Un Tamagotchi.

 

René : Bondieu ! Qu’est-ce que ça mange en hiver ?

 

Sabrina : C’est un animal virtuel.

 

Alexis : C’est un genre de poussin, mais électronique.

 

Joanie : Faut s’en occuper, le caresser, lui donner à manger, sinon il meurt.

 

Mireille : Celui-là, ça fait douze jours que je l’ai.

 

René : Si je comprends bien, c’est comme un animal de compagnie.

 

Mireille : C’est ça !

 

René : Quand j’avais votre âge, j’avais des lapins, des chats, des poussins, des tortues, mais pas de Tamamoutchi.

 

Mireille : Tamagotchi !

 

René : Oui, c’est ça Taragotchi ! En tout cas…

 

Les enfants rient.

 

Mireille : J’ai toujours voulu avoir un chat, mais ma mère ne veut pas parce que mon frère et mon père sont allergiques.

 

Sabrina : Moi, je trouve que ça pu des animaux.

 

Joanie : J’aime mieux les voir à la télévision ou au zoo. J’ai déjà eu un chien, mais il fallait toujours s’en occuper, mon père était tanné.

 

René : J’ai gardé plusieurs chiens et à chaque fois qu’ils sont morts, j’ai eu ben de la peine. Dans notre cour, mon père avait des chevaux pour tirer sa calèche, des poules qui lui donnaient des oeufs, des dindes, des oies pis toute une ménagerie. On voit pu ça.

 

Eugénie : On vit dans un monde aseptisé. Il faut que tout soit propre, propre, propre.

 

Mireille : Regardez, il veut avoir des caresses. Fa que je prends la petite main qui est ici et je le flatte.

 

René : J’ai mon voyage !

 

Sarah : Grand-Papa ! J’en ai deux dans ma chambre. Si tu veux, je peux t’en donner un.

 

René : C’est ben gentil, mais avec mes gros doigts, je vais avoir ben de la misère à m’occuper d’un Tatagoutchi. Pis je pense que j’aime mieux les vrais animaux.

 

Sarah : Grand-papa, faudrait souper bien vite si on veut aller louer un film.

 

René : Va falloir que tes amis s’en aille.

 

Alexis : C’est correct, ça nous tente plus de jouer.

 

Sabrina : Ma mère m’attend.

 

René : Serrez les jeux ben comme il faut avant de partir.

 

Les enfants rangent les jeux et tout le monde sort de scène.

 

 

 

Scène 3

 

Alysson arrive sur scène. Elle est seule. Elle a un sac avec des cassettes vidéo. Elle attend un peu. Gabrielle arrive, elle a un sac à dos.

 

Alysson : T’as pas oublié mes cassettes toujours.

 

Gabrielle : Non, non. Elles sont dans mon sac.

 

Gabrielle sort des cassettes vidéo de son sac et les donne à Alysson.

 

Alysson : Tiens, je t’en apporte trois nouvelles : La marraine de la mafia, L’exorciste 5, Le Dragon défie le bouledogue. Ce sont tous des films dix-huit ans et plus.

 

Gabrielle : Est-ce qu’on voit beaucoup de sang ?

 

Alysson : Oui !

 

Gabrielle : Good !

 

Alysson : Tu fais attention pour ne pas te faire pincer par tes parents.

 

Gabrielle : Inquiète-toi pas. Je suis très prudente. S’il fallait que ma mère sache ça, je serais en pénitence pour au moins un mois.

 

Alysson : C’est sévère chez vous.

 

Gabrielle : Tu peux le dire. Mes parents me disent tout le temps, il faut de la discipline pour réussir dans la vie, ma p’tite fille. Ils veulent que j’ai un bel avenir. En plus de l’école privée, j’ai des cours d’anglais, de piano, des compétitions de gymnastique. Je prépare tellement mon avenir que je n’ai plus de présent.

 

Alysson : On fait un party de filles chez moi samedi soir, est-ce que ça te tente de venir ?

 

Gabrielle : Je ne peux pas. Je dois rencontrer un grand entraîneur de gymnastique brésilien qui est de passage à Québec.

 

Alysson : T’es pas chanceuse !

 

Gabrielle : J’ai tellement pas le goût. Je ne peux même pas décider de mon horaire, ma mère tient mon agenda. C’est ma gérante !!!

 

Alysson : Des fois, juste en parler, ça fait déjà pas mal de bien.

 

Gabrielle : C’est vrai !

 

Michaël apparaît soudainement

 

Michaël : Salut ! Je ne vous dérange pas toujours !

 

Alysson : Non, non ! On était juste en train de se faire des confidences.

 

Michaël : C’est intéressant. De quoi vous parliez ?

 

Alysson : Si on te le dit, tout le monde va le savoir demain.

 

Michaël : Exagère pas ! J’ai des contacts, c’est tout. Je vois que ton petit commerce de cassettes vidéo fonctionne encore.

 

Alysson : Je ne fais plus affaire avec toi. La dernière fois que je t’ai prêté une cassette, t’as enregistré une partie de hockey dessus. T’es tellement dans la lune.

 

Michaël : C’est de ta faute, t’avais oublié de casser la p’tite pinne sur le côté pour pas que ça enregistre.

 

Alysson : Je t’en prêterai plus jamais.

 

Michaël : J’en veux pas de tes cassettes. Elles sont trop violentes. Ça me fait faire des cauchemars

 

Gabrielle : P’tite nature !

 

Michaël : Pis à part de ça, je me demande où tu les prends tes films.

 

Alysson : Dans la collection de mon père.

 

Michaël : Ça le dérange pas.

 

Alysson : Y dit que le jeunes d’aujourd’hui sont matures plus tôt.

 

Michaël : Ma mère pense que s’ils interdisent certains films aux enfants, c’est pas pour rien. Je suis d’accord avec elle.

 

Gabrielle : Ce que j’aime le plus dans ces films-là, c’est que ça me donne l’occasion de braver les interdits de mes parents.

 

Michaël : Voulez-vous que je vous en conte une bonne ?

 

Les deux autres : Oui !

 

Michaël : C’est à propos de la nouvelle qu’on a eu dans notre classe.

 

Gabrielle : Elle s’appelle Gwanaël, je pense.

 

Michaël : C’est ça. Elle vient d’un pays que je ne suis pas capable de prononcer. Imaginez-vous donc qu’on a eu une sortie à la ferme hier, pis Gwanaël est en train d’apprendre le français. Nous autres, pour rire, on lui montrait des vaches et on lui disait que c’était des éléphants.

 

Alysson : Ah! C’est pas gentil.

 

Michaël : C’était juste pour rire. À chaque fois qu’on nous montrait un animal, on lui disait…

 

Nancy arrive et les interrompt.

 

Nancy : Il faut que je vous parle d’un sujet important.

 

Michaël : Attends, j’ai pas fini. J’étais en train de leur conter quelque chose de drôle.

 

Nancy : Qu’est-ce que c’était ?

 

Michaël : C’est à propos de Gwanaël.

 

Nancy : Ah oui ! La nouvelle.

 

Michaël a une idée, il fait un clin d’oeil à Gabrielle et Alysson.

 

Michaël : J’expliquais justement que Gwanaël nous a montré comment dire « Bonjour » dans sa langue. C’est « Boulba prout prout ».

 

Nancy : Boulba prout prout veut dire « Bonjour ».

 

Michaël : Bien sûr, d’ailleurs, ça tombe bien, tu peux lui dire, elle arrive.

 

Gwanaël arrive et Nancy va à sa rencontre.

 

Nancy : Boulba prout prout !

 

Gwanaël : Pardon !

 

Nancy : Boulba prout prout !

 

Gwanaël : Moi, pas comprendre. Voulez-vous répéter !

 

Michaël, Gabrielle et Alysson rient. Nancy se retourne vers eux.

 

Nancy : Qu’est-ce qui a ? Vous m’avez fait un coup, je suppose.

 

Michaël : Tu pognes à chaque fois.

 

Nancy : C’est pas de ma faute, je fais confiance au monde, moi.

 

Michaël : Et puis Gwanaël, as-tu aimé ta sortie à la ferme.

 

Gwanaël : Oui, j’ai vu de belles éléphants qui donnent du lait, des babouins qui pondent des oeufs et des girafes qui se font tondre le laine.

 

Michaël : Est bonne, j’en reviens pas.

 

Gwanaël : J’ai surtout fait la connaissance d’un âne menteur.

 

Michaël : On a pas vu d’âne.

 

Gwanaël : C’est toi l’âne qui ma prit pour une belle dinde. Tu pensais que je ne savais pas ce qu’était une vache. Je l’ai appris dans la livre de français.

 

Les autres filles partent à rire.

 

Nancy : Qui est pris qui croyait prendre. Je suis ben contente.

 

Michaël : C’était juste pour rire.

 

Gwanaël : Je ne trouve pas ça drôle du tout. Ce n’est pas facile d’arriver dans un nouveau pays et d’apprendre une nouvelle langue.

 

Alysson : C’est vrai. Tu devrais t’excuser.

 

Michaël : Je m’excuse d’abord.

 

Nancy : C’est quoi donc le nom de ton pays ?

 

Gwanaël : Le Taradikistan, c’est différent d’ici. Il fait chaud et c’est désertique.

 

Gabrielle : Tu dois t’ennuyer ?

 

Gwanaël : Oui, beaucoup. Mais, je vais souvent à des soirées où je rencontre des gens de chez-moi qui vivent eux-aussi au Québec. Et on mange comme chez moi et on danse comme chez moi.

 

Gabrielle : J’aimerais voir les danses que vous faites.

 

Nancy : Oui, montre-nous !

 

Gwanaël : Je ne sais pas, je suis gênée.

 

Nancy : S’il-te-plait.

 

Gwanaël : Bon !

 

La musique commence et Gwanaël se met à danser. Elle entraîne les autres filles et, par la suite, Michaël qui boudait un peu dans son coin.

 

Alysson : C’est intéressant.

 

Nancy : C’est vrai. Il faut que je vous dise que notre école va peut-être fermer.

 

Les autres : Quoi ?

 

Nancy : Je fais partie du conseil étudiant et on a rencontré des monsieurs importants qui nous ont expliqué avec des mots qu’on ne comprenais pas, des mots comme « rationalisation », qu’il fallait fermer l’école. C’est pour sauver de l’argent.

 

Gabrielle : On va aller à l’école où ?

 

Nancy : Je le sais pas. Il va probablement falloir prendre l’autobus.

 

Alysson : Il faut monter un comité de défense de nos droits.

 

Michaël : Ça servira à rien !

 

Nancy : Il faut essayer. Samantha, la présidente de l’école, a déjà programmé une rencontre de tous les étudiants.

 

Gabrielle : C’est quand ?

 

Nancy : Cette après-midi après les cours. Il faut avertir tout le monde.

 

Gwanaël : Je ne comprends pas bien ce qui se passe.

 

Alysson : Viens avec nous, on va t’expliquer.

 

Nancy : On se retrouve cet après-midi.

 

Tout le monde s’en va.

 

 

 

Scène 4

 

On entend tousser dans les coulisses. Eve arrive en toussant. Cédric se précipite sur elle.

 

Cédric : Est-ce que ça va, Eve ?

 

Eve : Je tousse tellement que je pense que le coeur va me sortir.

 

Cédric : As-tu été voir un médeçin ?

 

Eve : J’y vais à chaque semaine. Présentement, j’ai une bronchite, des ulcères, un orgelet, des verrues au talon…

 

Cédric : Et un pied mariton Madeleine, un pied mariton madelon.

 

Eve : Quoi ?

 

Cédric : Laisse faire.

 

Eve : Je suis tellement malade.

 

Cédric : Moi aussi, je suis malade.

 

Eve : Ah oui !

 

Cédric : Malade d’amour !

 

Eve : Encore ?

 

Cédric : Comment encore ?

 

Eve : T’es toujours en amour avec une fille mystérieuse. On sait jamais c’est qui et tu lui avoues jamais ton amour.

 

Cédric : J’ai tellement peur de me faire dire non. Ça me paralyse.

 

Eve : Je la connais ?

 

Cédric : Oui !

 

Eve : C’est Sabrina ?

 

Cédric : Essaye pas, je ne te le dirai pas.

 

Eve : Je vais finir par le savoir. Est-ce que c’est la jeune fille qui s’en vient ?

 

Cédric : Arrête, bon !

 

Dominique va vers eux.

 

Dominique : Salut ! Vous allez bien ?

 

Eve se met à tousser

 

Cédric : Bof !

 

Dominique : On peut dire que vous êtes des personnes stimulantes. Etes-vous allé à la réunion générale des élèves cet après-midi ?

 

Eve : Non.

 

Cédric : Je ne me sens pas concerné.

 

Dominique : Quoi ! On veut fermer notre école et tu ne te sens pas concerné.

 

Eve : Moi, je me demande si je vais me rendre jusqu’à l’année prochaine (Elle tousse un peu).

 

Dominique : Ben voyons, tu vas tous nous enterrer. Ça prend une santé de fer pour passer à travers toutes les maladies que t’as eu.

 

Eve : Tu penses ?

 

Dominique : Certain ! On a besoin de tout le monde, vous autres y compris. Les adultes veulent fermer l’école. Ça, c’est sans compter les coupures de budgets et de services qu’on a subi. On était supposé avoir plein d’ordinateurs branchés sur Internet, on les attend encore.

 

Cédric : Toi pis ton Internet.

 

Dominique : Internet, c’est l’avenir.

 

Eve : Internet, c’est dangereux, ça montre aux gens comment faire des bombes.

 

Dominique : Vous êtes donc ben négatifs vous autres. Faut savoir exploiter les beaux côtés d’Internet.

 

Cédric : Tu dois avoir raison, t’as toujours raison.

 

Dominique : Aïe. En tout cas, je suis obligé de vous demander de vous en aller.

 

Eve : Pourquoi ?

 

Dominique : On va tenir une réunion ultra-secrète du comité de défense de l’école. On veut personne dans les parages. Samantha et sa gang s’en viennent.

 

Cédric devient tout intéressé.

 

Cédric : Samantha s’en vient ici !

 

Dominique : Je viens de le dire.

 

Cédric : Est-ce que je pourrais rester ?

 

Dominique : Pas question, c’est une réunion ultra-secrète.

 

Cédric : Justement, je pourrais rester dans les alentours pour surveiller.

 

Dominique réfléchit un peu.

 

Dominique : C’est vrai, c’est une bonne idée.

 

Eve se remet à tousser.

 

Eve : Moi, je vais en profiter pour aller me reposer un peu.

 

Sam, Bianca, Eugénie et Nancy arrivent. Cédric est tout content de voir Sam.

 

Sam, à Dominique : Qu’est-ce qu’il fait là, lui ? Je t’avais demandé de nettoyer la place.

 

Dominique : Il s’est offert pour surveiller.

 

Sam : Très bien !

 

Samantha ne porte pas beaucoup d’attention à Cédric. Celui-ci semble en admiration devant elle. Il se place en retrait pour surveiller.

 

Nancy : Est-ce qu’on commence la réunion ?

 

Sam : Oui, Il faut d’abord examiner la situation actuelle.

 

Dominique : Tout d’abord, les gens de la Commission scolaire ne veulent rien entendre. Ils refusent de revenir sur leur décision. L’école va fermer l’an prochain.

 

Bianca : On a essayé de contacter le maire et les députés. Ils restent sourds à nos appels.

 

Sam : On est juste des enfants pour eux-autres. On n’est pas des électeurs.

 

Eugénie : On vit dans une société de fous, une société qui va trop vite. Asteure, c’est juste l’argent qui compte. Les autres valeurs comme la famille ou le bonheur ont été renversées.

 

Sam : T’as raison, ça ne peut plus durer. Il faut agir et utiliser des moyens drastiques. On va aller directement au parlement et on va montrer aux adultes qu’on est pas une masse négligeable.

 

Nancy : Comment on va faire ?

 

Dominique : On va se servir d’Internet. Je vais construire un site web et on va mettre sur pied une chaîne de courriels. Il faut déterminer un rendez-vous.

 

Sam : Tous les enfants de la région doivent se présenter jeudi matin à 10h devant le parlement pour manifester.

 

Bianca : Attention, c’est un vendredi 13.

 

Sam : Jeudi matin d’abord.

 

Eugénie : On va changer le monde !

 

Sam : On se donne des responsabilités : Dominique s’occupe des communications, Nancy, du matériel, Eugénie, toi, tu vas écrire nos revendications et Bianca, tu vas vérifier si la chance est avec nous.

 

Nancy : Pis toi ?

 

Sam : Moi, je vais coordonner le tout.

 

Bianca : Ça prend un chef !

 

Cédric : Moi, je m’occupe de la sécurité.

 

Sam : Si tu veux. Tout le monde a compris.

 

Les autres : Oui !

 

Sam : Parfait, on se reparle demain matin avant les cours. Il nous reste moins de 48 heures. A demain !

 

Les autres : À demain !

 

Ils s’en vont tous, sauf Cédric qui reste encore quelques secondes, encore plein d’admiration pour Samantha.

 

 

Scène 5

 

Adrien et Lucien Boucher entrent sur scène. Ils parlent ensemble. Un micro est placé en avant, au centre.

 

Lucien un peu exaspéré : Je sais, je sais, je sais.

 

Adrien : En plus, les médecins veulent plus d’argent et menacent de faire la grève si vous n’acceptez pas de les rencontrer d’ici trois jours.

 

Lucien : Je voulais prendre congé. Ça fait trois semaines que je n’ai pas arrêté.

 

Adrien : Vous ne pouvez pas partir monsieur, il reste plusieurs autres grèves à régler. La grève des vidangeurs, des tireurs de joint, des garagistes…

 

Lucien : Mais, j’ai tellement besoin de vacances.

 

Adrien : De toute façon, les pilotes d’avion aussi sont en grève.

 

Lucien : Ah bon ! Depuis quand ?

 

Adrien : Depuis minuit. Je dois aussi vous dire que des centaines d’enfants sont en train de manifester devant le Parlement.

 

Lucien : Est-ce que qu’ils sont en grève eux-aussi ?

 

Adrien : Ils sont en colère en tout cas. Ils essaient de forcer les portes et d’entrer.

 

Lucien : Retenez-les, j’ai d’autres chats à fouetter.

 

Adrien : Vous pourriez peut-être aller leur parler et essayer de les calmer.

 

Lucien : Je n’ai pas le temps, je dois aller m’adresser aux députés.

 

Lucien montre le micro.

 

Lucien : Retenez-les !

 

Adrien : Bien monsieur.

 

Adrien s’en va et Lucien se dirige vers le micro.

 

Lucien : Chers députés, les temps sont durs et nous devons nous serrer la ceinture. Cependant, il est important de montrer aux citoyens que c’est nous qui portons les culottes. L’état a besoin d’une cure d’amaigrissement des finances publique. S’il le faut, nous perdrons du poids jusqu’à en porter des bretelles. Mais, une chose est certaine : nous ne nous ferons pas prendre les culottes à terre…

 

Tout d’un coup, sur une musique endiablée, les enfants envahissent la salle et entourent le public. Certains ont des pancartes, d’autres sont armés de fusil à l’eau. Ils scandent « Le pouvoir aux enfants ». Samantha, Dominique, Nancy, Eugénie et Bianca montent sur scène rejoindre le premier ministre. Mireille s’assoit sur scène et joue au Tamagotchi. Samantha prend la parole au micro.

 

Sam : Mon nom est Samantha Grégoire et je viens parler au nom de milliers d’enfants qui sont tannés de passer en dernier. Nous sommes l’avenir. Occupez-vous de nous !!!

 

Eugénie s’empare du micro.

 

Eugénie : À bas la dictature des adultes.

 

Les autres enfants : À bas la dictature des adultes !

 

Eugénie : On est fatigué des discours vides. On va vous prouver que l’enfance n’est pas une maladie qui se guérit avec le temps. Je veux vous lire un texte de Bob Dylan, un révolutionnaire des années soixante. « Vous les mères et les pères de tous les pays. Ne critiquez plus car vous n’aviez rien compris. Vos enfants ne sont plus sous votre autorité. Sur vos routes anciennes, les pavés sont usés. Marchez sur les nouvelles ou bien rester cachés. Car le monde et les temps changent. » À bas la dictature des adultes.

 

Les autres enfants : À bas la dictature des adultes !

 

Adrien revient. Lucien va le voir.

 

Lucien : Mais, qu’est-ce que cette histoire ?

 

Adrien : Excusez-nous.

 

Lucien : Je vous avais demandé de les retenir.

 

Adrien : Qu’est-ce que vous voulez que nos gardes de sécurité fassent contre des milliers d’enfants ?

 

Samantha : Monsieur le premier ministre, ce n’est pas le temps de vous sauver. Nous avons des demandes à vous faire.

 

Lucien : Me sauver, moi, jamais…

 

Petit temps : Lucien a une idée.

 

Lucien : À moins que… Écoutez, j’aurais peut-être une proposition à vous faire.

 

Dominique : Qu’est-ce que c’est ?

 

Lucien : Je dois m’absenter pour deux semaines et je cherche des gens fiables pour me remplacer.

 

Nancy : Ce n’est pas le temps de partir.

 

Lucien : Vous ne comprenez pas. Je voudrais que vous preniez ma place. Vous pourrez alors refaire le monde comme bon vous semble.

 

Adrien, épouvanté, va voir Lucien. Les enfants font un caucus.

 

Adrien : Monsieur, où avez-vous la tête ? Ça va être le chaos !

 

Lucien : J’ai mon plan. Je m’en vais, mais, vous, vous restez pour les surveiller.

 

Adrien : Ah! Je comprends monsieur.

 

Eugénie : Est-ce qu’on va pouvoir inventer nos propres lois ?

 

Lucien : Certainement.

 

Sam : On va former notre propre gouvernement.

 

Lucien : Comme vous voudrez.

 

Sam : Alors, on accepte !

 

Lucien : C’est pour deux semaines seulement.

 

Eugénie : Deux semaines qui vont passer à l’histoire.

 

Lucien se dirige vers le micro.

 

Lucien : Chers députés. Nous allons donc prendre deux semaines de vacances. Moi, je m’en vais en croisière.

 

Lucien se retourne vers Adrien.

 

Lucien : Les bateaux ne sont pas en grève toujours ?

 

Adrien : Non, non.

 

Lucien : On se revoit dans deux semaines.

 

Lucien, tout content, se dirige vers les coulisses. Il sort une valise et sort de l’autre côté en saluant les enfants.

 

Lucien : Au revoir les enfants !

 

Eugénie au micro : Le pouvoir aux enfants !

 

Les autres enfants : Le pouvoir aux enfants !

 

Samantha reprend la parole : Maintenant, comme on a pas beaucoup de temps, il faut s’organiser. Nous allons envoyer des représentants pour rencontrer les différents groupes d’enfants afin de déterminer les nouvelles lois que nous voulons pour notre société.

 

Les autres enfants : Vive Samantha !

 

Samantha : Il faut nous retirer pour parler de nos nouvelles responsabilités.

 

La musique reprend. Tout le monde sort de scène. Tous les enfants quittent la salle.

 

 

 

Scène 6

 

Joanie arrive sur scène. Elle sort une barre de chocolat qu’elle développe et mange. Gabrielle arrive.

 

Joanie, la bouche pleine : Salut Gabrielle !

 

Gabrielle : C’est pas poli parler la bouche pleine. Ma mère me l’a dit assez souvent.

 

Joanie : Je m’excuse. J’ai trop faim.

 

Gabrielle : Au moins, tu devrais manger des choses qui sont bonnes pour la santé.

 

Joanie : Oui maman !

 

Gabrielle : Je te dis ça pour ton bien. Tu devrais manger des fruits plutôt que du chocolat.

 

Joanie : Moi, j’aime le sucré !

 

Gabrielle : Justement, il y a du sucre dans les fruits. C’est un sucre qui est bon et qui donne de l’énergie à long terme.

 

Joanie : Je sais, les bonbons, c’est du sucre concentré qui donne de l’énergie qui disparaît rapidement. T’es pas la première à me le dire.

 

Gabrielle : Pourquoi tu ne nous écoutes pas, d’abord ?

 

Joanie : C’est mon choix.

 

Gabrielle : Tu ne dois pas avoir bien faim pour les repas ?

 

Joanie : Je ne mange pas beaucoup aux repas. Je préfère manger plus souvent.

 

Gabrielle : Ça veut dire que tu ne manges pas beaucoup de légumes, ni de viande, ni de produits laitiers.

 

Joanie : J’en mange de temps en temps.

 

Gabrielle : Moi, ma mère a fait un menu bien strict avec les quatre groupes alimentaires. C’est la même chose à chaque semaine.

 

Joanie : Ça doit être ennuyant.

 

Gabrielle : J’avoue que ça manque de fantaisie.

 

Nancy arrive avec une feuille et un crayon.

 

Nancy : Salut, il faut que je vous pose des questions.

 

Joanie : Sur quoi ?

 

Nancy : Je suis représentante du nouveau gouvernement des enfants et on veut savoir quelle sorte de loi vous voudriez avoir.

 

Gabrielle : Ça ne marchera pas votre gouvernement !

 

Nancy : Oui ça va marcher !

 

Gabrielle : Vous pensez que les adultes vont vous laisser passer les lois que vous voulez.

 

Nancy : On leur a montré qu’on pouvait se mobiliser.

 

Gabrielle :  Toi, t’es une croyante.

 

Nancy : Comment ça une croyante ?

 

Gabrielle : T’embarque dans n’importe quelle histoire. On peut te faire croire ce qu’on veut.

 

Joanie : Ça, c’est vrai. L’autre jour, on lui a fait croire que Léonardo Dipicolo allait jouer dans un film avec les Télétobbies

 

Joanie et Gabrielle rient.

 

Gabrielle : Avec les Télétobbies. Ça pas de bon sens. Po, Lala et Di-Dipicolo.

 

Nancy un peu fâchée : Vous aimez ça vous payer ma tête. Au lieu de me comprendre, de soigner le bobo, vous pesez fort dessus. C’est gentil, très gentil. J’apprécie vraiment. Vous êtes de vrais amis.

 

Joanie : Panique pas. Ça m’intéresse tes affaires de lois. J’ai des idées.

 

Nancy : Ah oui ! Comme quoi  ?

 

Joanie : Tous les enfant devraient avoir droit à chaque jour à leur ration de bonbons et de chips.

 

Gabrielle : Ça, c’est bien toi !

 

Nancy : Je note toutes les idées. Elles sont aussi valables les unes que les autres. Est-ce que t’en as toi, Gabrielle, des idées ?

 

Gabrielle : Moi, si j’avais une loi à défendre, c’est que les enfants soient maîtres d’eux-même, que les parents arrêtent de décider tout.

 

Nancy : Ça, c’est une idée qui revient souvent. On va sûrement en discuter sérieusement.

 

Joanie : Est-ce qu’il pourrait avoir une loi interdisant aux grands frères d’écoeurer leur soeur ?

 

Nancy : Je le note, mais je ne pense pas qu’une loi change grand chose là-dedans.

 

Joanie : En tout cas, si vous avez besoin d’aide, moi je suis prête à m’impliquer dans votre gouvernement.

 

Gabrielle : Pas moi. J’ai pas de temps à perdre là-dedans. De toute façon, j’ai pas de temps.

 

Nancy : Joanie, si tu veux nous aider. T’as juste à m’accompagner.

 

Joanie : Parfait !

 

Gabrielle : Moi, je vous laisse. Salut !

 

Les deux autres : Salut !

 

Ils sortent tous de scène.

 

 

 

Scène 7

 

Michaël, Eugénie et Sabrina entrent en scène

 

Eugénie : Bon, maintenant, je dois recueillir vos suggestions pour notre nouveau gouvernement.

 

Sabrina : Des suggestions comme quoi ?

 

Eugénie : Je le sais pas moi. Des idées, des lois, des projets qui feraient avancer la cause des jeunes.

 

Sabrina : J’ai pas d’idée qui me vient en tête.

 

Eugénie : Ça, ça me surprends pas.

 

Sabrina : Aïe !

 

Michaël : J’en aurais une, moi, une idée de projet.

 

Eugénie : Ah oui ! Quoi ?

 

Michaël : On devrait lancer un programme spatial.

 

Sabrina : Qu’est-ce que c’est que ça ?

 

Michaël : C’est comme la NASA. On construirait une navette spatiale et on envoierait des gens sur la lune.

 

Sabrina : À quoi ça servirait ?

 

Michaël : Le monde verrait qu’on est intelligent. Pis ça toujours été mon rêve d’aller dans l’espace.

 

Eugénie : Y a des millions de gens qui meurent de faim sur la planète et toi tu veux aller te gambader dans les étoiles.

 

Michaël : C’est une idée comme une autre. Tu voulais qu’on te donne des suggestions.

 

Eugénie note l’idée.

 

Sabrina : Je pense que moi aussi j’aurais une suggestion.

 

Eugénie : Ah oui !

 

Michaël : C’est quoi, un règlement pour rendre le maquillage obligatoire.

 

Sabrina : Non ! Je voudrais que la mode devienne un droit.

 

Eugénie : Quoi !

 

Sabrina : Mon voeux, c’est que tout le monde puisse suivre la mode. Y a tellement de pauvres qui ne peuvent pas se le permettre.

 

Eugénie : Tu penses que je vais écrire ça. Je veux justement présenter un projet qui va rendre la mode hors-la-loi.

 

Sabrina : Qu’est-ce que t’as contre la mode, Eugénie Pelletier ?

 

Eugénie : La mode, ça sert juste à faire vendre. La mode, c’est du gaspillage. On jette plein de vêtements qui sont encore mettables juste à cause qu’ils sont plus au goût du jour.

 

Sabrina : Ben, ça fait travailler du monde.

 

Eugénie : C’est nos parents qui sont pognés pour travailler pour nous payer du linge trop cher comme cette calotte-là.

 

Eugénie prend la calotte de Michaël dans ses mains.

 

Eugénie à Michaël : Combien l’avez-vous payée ?

 

Michaël : Peut-être trente dollars.

 

Eugénie : Pis ça vaut pas plus que quatre ou cinq dollars. Imagine l’argent qu’ils font. C’est du vol. Pire que ça : on leur fait de la publicité gratuite.

 

Michaël : Une calotte Nike, ça donne de la personnalité. Je me sens meilleur avec ça.

 

Eugénie : Belle personnalité.

 

Sabrina : Justement, la mode, c’est un moyen de s’exprimer et c’est personnel.

 

Eugénie : Les Grecs l’avaient trouvée la solution, eux-autres.

 

Sabrina : Qu’est-ce que les Grecs viennent faire là-dedans ?

 

Eugénie : Ils s’habillaient tous avec des grandes tuniques blanches. On devrait revenir à ça.

 

Sabrina : Ce serait une régression.

 

Eugénie : Les Grecs étaient bien plus évolués que nous, c’est eux qui ont inventé la démocratie.

 

Sabrina : La quoi ?

 

Eugénie : Tu sais même pas c’est quoi la démocratie. Mademoiselle est belle, mais n’a pas de cervelle.

 

Sabrina : Madame a de la culture, mais lui avez-vous vu l’allure !

 

Eugénie : En tout cas, j’écrirais jamais ton idée dans mon carnet.

 

Sabrina : C’est injuste !

 

Michaël : Eugénie, tu nous as demandé nos suggestions. T’as pas le droit de prendre uniquement ce qui fait ton affaire.  Sinon, c’est de la tricherie.

 

Eugénie : Ça pas de bon sens son idée.

 

Michaël : C’est pas à toi d’en juger, c’est à tout le monde. C’est ça la démocratie. Si tu veux faire comme les Grecs, il faut que t’écrive son idée.

 

Eugénie : Bon, OK.

 

Eugénie écrit l’idée.  Michaël et Sabrina s’en vont pendant qu’elle écrit. Eugénie quitte ensuite.

 

 

 

Scène 8

 

Sarah et son grand-père se promènent.

 

René : Attends un p’tit peu. Va pas trop vite. Je peux pu courir comme un lapin moi.

 

Sarah : C’est vrai, j’oublie tout le temps. Je m’excuse grand-papa.

 

René : C’est pas grave.

 

Sarah : Est-ce que je peux te poser une question ?

 

René : Certainement.

 

Sarah : Est-ce que tu trouves ça plate d’être vieux. ?

 

René : Je te dis que t’en pose des drôles de questions, toi.

 

Sarah : Oui, mais est-ce que tu trouves ça plate ?

 

René : C’est comme dans tout. Y a des bons et des mauvais côtés.

 

Sarah : Le mauvais côté, c’est que tu peux plus courir ?

 

René : C’est un des mauvais côté. Dire que j’ai déjà été champion de saut en longueur.

 

Sarah : Pis tu te faisais pas mal ?

 

René : T’as l’air de penser que j’ai toujours été vieux. J’ai été jeune et en forme moi aussi. J’étais capable de courir vite, ben plus vite que toi.

 

Sarah : C’est-tu vrai ?

 

René : Si je te le dis.

 

Sarah : Pis les bons côtés, c’est quoi ?

 

René : Quand on vieillit, notre récompense, c’est qu’on comprend mieux la vie. On savoure avec plus d’attention les p’tits moments merveilleux.  Justement ce matin, un p’tit bonheur sur deux jambes est venu cogner à ma porte pour me demander de l’accompagner au parc. Ça, ça fait plaisir!!!

 

Sarah est toute contente.

 

René : Je te dis que t’en fais des faces, toi.

 

Petit temps

 

René : C’est certain que je m’ennuie par exemple. Ça, je trouve ça dur.

 

Sarah : Je vais toujours m’occuper de toi, moi, grand-papa.

 

René : C’est ben fin de me dire ça, mais je le sais que tu vas grandir et que tu vas avoir d’autres activités en tête plus tard. Le pepère va prendre le bord.

 

Sarah : Non, moi, j’ai un grand coeur. Y va toujours y avoir de la place pour toi dedans.

 

René : Moi aussi dans mon coeur, y a une place spéciale pour toi, juste pour toi.

 

Sarah : Grand-Papa, je le sais ce que je vais faire. Y nous ont demandé nos idées pour le nouveau gouvernement. Je vais proposer une loi pour qu’on s’occupe toujours des grands-parents.

 

René : Ah oui ! Le gouvernement des enfants. Est bonne celle là ! Je pensais jamais que je verrai ça de mon vivant.

 

Sarah : Justement, Dominique est là-bas. (Elle crie vers les coulisses) Dominique, Dominique, viens ici.

 

Dominique arrive flanquée de Mireille et Alexis.

 

Dominique : Oui !

 

Sarah : Dominique, j’ai trouvé une suggestion, sors ton calepin.

 

Dominique fouille dans son sac pour sortir un calepin et un crayon. Mireille prend son Tamagotchi dans ses mains.

 

Dominique : Je t’écoute.

 

Sarah : Je voudrais une loi pour qu’on s’occupe toujours des grands-parents.

 

Alexis : Drôle d’idée !

 

Sarah : J’ai le droit de demander ce que je veux.

 

René à Mireille : T’as encore ton Tatagotchi ?

 

Mireille : Mon Tamagotchi. Je suis rendu à 18 jours.

 

René : Bateau ! (C’est un patois)

 

Alexis : Essayes-tu de battre un record ?

 

Mireille : Non ! Je fais ça parce que ça me tente.

 

Alexis : Moi, j’ai battu un record au jeu Super Speed Racer.

 

Mireille : As-tu la dernière version ?

 

Dominique : Pour être « up to date », on peut « downloader » la dernière version sur le site de Microsoft.

 

René : Bonyeu, je comprends rien à votre jargon. Je pense que je vais aller retrouver les jeunes de mon âge pour voir s’ils parlent le même langage que moi.

 

Sarah : Salut grand-papa !

 

René : Au revoir ma chouette !

 

René s’en va.

 

Alexis : Tiens, pendant que ton carnet est sorti Dominique, je vais te donner mon idée.

 

Dominique : Parfait !

 

Alexis : Tout le monde, même les adultes, devraient avoir une récréation obligatoire à tous les jours de la semaine.

 

Dominique : Une récréation pour tout le monde ?

 

Alexis : Oui, comme ça, toute la population ferait de l’exercice physique et serait en forme.  Fini les engorgements dans les hôpitaux, fini les problèmes du budget dans la santé.

 

Mireille : Si on n’aime pas faire de l’exercice ?

 

Alexis : T’aurais pas le choix. Ça te forcerait à lâcher tes jeux d’ordinateurs.

 

Dominique : Moi, j’aime mieux les ordinateurs que l’exercice.

 

Alexis : Comme dit mon prof d’éduc : « Un esprit sain dans un corps sain ». Tu devrais savoir ça, madame la bolle.

 

Dominique : Appelle-moi pas comme ça, j’aime pas ça !

 

Alexis : Ben quoi, c’est vrai que t’es une bolle. Accepte-le !

 

Mireille : Pis toi, t’es pas mieux, monsieur sport. T’as rien dans la tête et tout dans les bras.

 

Alexis : Ça me dérange pas.  Au moins, moi, je l’accepte.

 

Dominique : Le sport, ça va te donner quoi plus tard. Je suppose que tu rêves comme tous les p’tits gars de devenir joueur de hockey. Avec des connaissances, on peut facilement avoir une job de chercheur. C’est bien payé à part ça.

 

Alexis : Plus tard, je vais me partir une compagnie d’exercice physique et je vais avoir mon émission à la télé.

 

Sarah : Ah ah ! J’ai hâte de voir ça.

 

Dominique : Toi, Mireille, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

 

Mireille : Je le sais pas. Pour l’instant, je m’occupe de mon Tamagotchi.

 

Alexis : Tu vois loin !

 

Sarah : Moi, je vais m’occuper de mon grand-père.

 

Gwenaël arrive.

 

Alexis : Salut Gwen !

 

Gwenaël : Je vous souhaite une bonne journée.

 

Alexis : Toi, t’es comique quand tu parles.

 

Gwenaël : Pourquoi, je vous prie ?

 

Alexis : Tu parles bien « Pourquoi, je vous prie », « Je vous souhaite une bonne journée ».

 

Dominique : Faut la comprendre, elle apprend le français dans des livres.

 

Alexis : Je vais y apprendre moi à parler comme du monde. Au lieu de dire « Je vous souhaite une bonne journée », dis plutôt « Salut gang ! ». Répète après moi « Salut Gang! ».

 

Gwenaël : Salut Gang.

 

Alexis : C’est presque ça !

 

Sarah : Au lieu de dire « Pardon, je vous prie », tu peux répondre « Quessé tu veux, toué ? »

 

Gwenaël : Quessé tu veux, toué ?

 

Mireille : C’est ça. Pis quand tu sais pas quoi dire, t’as juste à dire « Cool ».

 

Gwenaël : Cool.

 

Mireille : Bien. T’as juste à mettre des « Cool » partout, comme ça tu vas avoir l’air cool.

 

Gwenaël : Cool.

 

Dominique : C’est pas du bon français que vous lui apprenez.

 

Alexis : C’est pas grave ça. Au moins, on va la comprendre.

 

Mireille : Une règle ben importante, c’est que tu peux ajouter les mots « genre » et « comme » n’importe où dans une phrase.

 

Alexis : L’école, c’est comme plate. La gymnastique, c’est genre le fun.

 

Mireille : Jouer aux jeux vidéo, c’est comme genre trippant.

 

Gwenaël : C’est comme genre trippant !

 

Dominique : C’est vrai qu’on va mieux la comprendre.

 

Gwenaël : Cool !

 

Sarah : T’as compris !

 

Gwenaël : Moi aussi, j’aimerais ça genre participer à votre gouvernement. En tant qu’immigrée, j’ai comme quelque chose à dire.

 

Dominique : T’as juste à venir avec moi. On a justement une réunion de comité bientôt.

 

Gwenaël : Cool !

 

Dominique et Gwenaël partent d’un bord, les autres, de l’autre bord.

 

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