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Les livres du destin

De Luc Boulanger

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Résumé

Pour s’amuser, quatre jeunes se réunissent dans une bibliothèque la nuit pour organiser une cérémonie. L’idée est d’ouvrir un livre au hasard pour connaître son destin. Alors qu’ils croyaient ce jeu sans conséquence, les quatre amis ont la surprise de voir les prophéties se réaliser. Ils sont alors projetés dans une série de situations tantôt comiques, tantôt dramatiques qui remettront en jeu leur amitié et leur vision de la vie.

Fiche technique

  • Style/Thème : Comédie dramatique sur le hasard et le destin
  • Lieu : À l’école, à la bibliothèque, au domicile des enfants
  • Nombre de comédiens : Entre 8 et 12
  • Durée : 60 minutes
  • Âge : 13 à 17 ans
  • Niveau : Avancé

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Qu’est-ce que le droit d’auteur ?
Le droit d’auteur garantit la protection des oeuvres littéraires, dramatiques, artistiques et musicales, des enregistrements sonores, des représentations d’une oeuvre en public et des télécommunications. Le droit d’auteur donne aux créatrices et créateurs le droit, devant la loi, d’être rémunérés pour leurs oeuvres et d’en contrôler l’utilisation.
Une fois que j’ai acheté un texte, est-ce que je peux l’utiliser à ma guise ?
Le fait d’acheter un texte sur le site de Animagination vous permet d’avoir accès à l’oeuvre intégrale que vous pouvez lire seul, en groupe ou encore travailler en classe ou en atelier. Mais le simple achat du texte ne vous donne pas l’autorisation de le jouer en public. Pour cela, il faut payer les droits de représentation.
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Vous pouvez revenir en tout temps sur le site de Animagination pour acquitter les droits de représentation. Il est préférable de le faire avant la tenue de l’activité ; la facture faisant office de preuve que vous détenez les droits de représentation. Cela dit, il n’est jamais trop tard pour payer les droits et ainsi régulariser votre situation.
Est-ce que les écoles doivent payer les droits de représentation ?
Si le texte est joué en classe ou devant un public exclusivement formé d’élèves, les écoles n’ont pas à payer les droits de représentation. Cependant, pour les représentations où les parents et amis sont invités, les droits de représentation s’appliquent.

Notez que les écoles du Québec bénéficient d’une entente entre l’AQAD (L’Association Québécoise des Auteurs Dramatiques) et le MELS (Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) qui défraie les droits de représentation devant un public de parents et d’amis. Il faut alors remplir un formulaire sur le site de l’AQAD

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Oui, Animagination accepte de facturer les écoles du territoire de la province de Québec seulement. Il suffit alors de nous faire parvenir un courriel avec le titre de la pièce, le nom de la personne responsable, la ou les dates approximatives de représentation ainsi que l’adresse complète de l’école. Le délai de réponse est de 24 à 48 heures.
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Tout le monde doit payer le droit d’auteur. Les troupes formées d’amateurs ne sont pas exemptées, tout comme les organismes sans but lucratif. Même si le spectacle est présenté gratuitement, il faut payer les droits de représentation.
Est-ce que le droit d’auteur s’applique si nous jouons seulement un extrait ?
Les pièces doivent être présentées dans leur intégralité. Il faut une autorisation de l’auteur pour présenter un extrait et le droit d’auteur s’applique assurément.
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Vous devez respecter l’intégrité du texte. Cependant, vous n’avez pas besoin d’autorisation pour les modifications suivantes : changement d’un nom de lieu, transformation d’un personnage féminin en masculin (ou vice versa), changement d’une expression qui n’est pas commune à l’endroit où la pièce est présentée. Aussitôt que vous transformez complètement une réplique, vous devez communiquer avec l’auteur.
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Il n’y a aucun problème à garder le texte dans vos archives. Cependant, s’il est présenté à nouveau, il faut acquitter les droits de représentation.
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Pour toutes publications, sous toute forme que ce soit, il faut contacter l’auteur ou ses représentants.
Est-ce qu’on peut retrouver les textes en librairie ?
Les textes sont seulement disponibles sur le site de Animagination.

Luc Boulanger

Luc Boulanger auteurDétenteur d’un certificat de deuxième cycle en journalisme, c’est d’abord avec sa plume que Luc Boulanger s’est démarqué. Il a écrit une cinquantaine de pièces de théâtre qui sont diffusées dans internet et jouées partout sur la planète ; de Fermont au Kirghizistan, en passant par Singapour et Genève.

Il est cofondateur de la troupe de théâtre Animagination qui présente depuis plus de 25 ans des spectacles pour jeune public. En plus de concevoir les pièces, il est également comédien. La troupe se produit entre 50 et 100 fois par année au Québec et dans la francophonie canadienne. Animagination a eu la chance de travailler avec l’auteur Dominique Demers pour la conception et la présentation d’une pièce de théâtre mettant en vedette le personnage de Mademoiselle Charlotte.

En 1996, il a participé à la création du centre d’art La Chapelle, la salle de spectacles de son quartier dont il fut le premier coordonnateur durant trois ans. Il est resté un collaborateur actif du lieu et plusieurs de ses productions théâtrales sont présentées en primeur à La Chapelle.

Luc Boulanger a énormément travaillé comme animateur auprès des jeunes et des adultes. Il a notamment accompagné plusieurs groupes de voyageurs, visitant ainsi plus de 25 pays. Aujourd’hui, il agit davantage en tant que formateur en théâtre, en improvisation et en cinéma. Il fait partie de la liste de ressources du programme « Écrivains à l’école » subventionné par le ministère de l’Éducation. Une de ces expériences marquantes en tant que formateur est une série de trois séjours au Nunavik pour enseigner à de jeunes animateurs Inuits.

Grand amateur de cinéma, Luc réalise des films et des clips vidéo depuis qu’il a dix ans. Lors d’un voyage en Allemagne pour assister à une de ses pièces jouées en allemand, il a monté un reportage en utilisant seulement son iPhone. D’ailleurs, il est un passionné d’informatique, il connaît bien le langage HTML et explore constamment le logiciel Photoshop. Il conçoit la plupart des affiches de ses spectacles et adore la photographie de plein air. À l’occasion, il accepte des contrats de photos.

Membre de l’Union des Artistes (UDA) et président du conseil d’administration de l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD), Luc Boulanger est interpelé par les conditions socio-économiques de ses pairs. Il est ainsi un des fondateurs du Regroupement énergique des petites entreprises de théâtre (RÉPET) qui vise à valoriser le travail des artistes de théâtre qui s’autoproduisent.

En septembre 2013, Luc Boulanger a reçu une médaille de l’Assemblée nationale pour la diffusion de ses oeuvres et son implication dans son milieu.

Articles de presse

Les livres du destin

Extrait de la pièce

Les livres du destin

par Luc Boulanger

Les personnages
Cédric
François-Guillaume
Josiane
Samantha

Geneviève
Ginger
Jeanne
Jonathan
Popeye
M. Dupuis
Père de Samantha
Mère de Josiane

Ce texte est protégé par les lois sur le droit d’auteur. Avant de le reproduire (le photocopier), le présenter devant public ou le publier sur papier ou de façon électronique, assurez-vous d’avoir les autorisations requises. 

 

Scène 1 : À la biblio (1) : La cérémonie

On entend des clés.  Des jeunes qui rient.

CÉDRIC : Chut !  Vos boîtes !  Il faut pas se faire voir.

François-Guillaume, Samantha et Josiane entrent, suivis de Cédric.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Ça flash.  On dirait que c’est pu la même bibliothèque.

SAMANTHA : Tout d’un coup, y a de l’atmosphère.

Josiane ouvre l’éclairage.

CÉDRIC : Josiane, t’es-tu malade ? On va se faire repérer.

Cédric referme l’éclairage.

JOSIANE : Quoi ? Il fait noir, on voit rien.

SAMANTHA : C’est ça l’idée.  Il faut qu’il fasse noir pour la cérémonie.

JOSIANE : Ah oui, la cé-ré-mo-nie.

CÉDRIC à Samantha : Pourquoi tu l’as invitée, elle ?

SAMANTHA qui place une chandelle sur la table : Je l’ai invité, c’est tout.

CÉDRIC : Est mieux de pas nous causer de problème.

JOSIANE : Capote pas Cédric, je suis pas conne.  Y va rien arriver.

CÉDRIC : Je capote pas, c’est juste qu’on est pas supposé être icitte.  Si le père de François-Guillaume l’apprend, je suis à la porte.

JOSIANE : Qu’est-ce que le père de François vient faire là-dedans ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon père est le directeur de la bibliothèque.

CÉDRIC : Il ne faut pas qu’il sache que je me sers des clés de la bibli pour venir le soir faire une cérémonie avec mes chums.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Tout va bien aller.  Inquiète-toi pas.

CÉDRIC : Si on se fait pincer, faut que ça soit clair que c’était pas mon idée, que vous m’avez forcé la main.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Si jamais il y a un problème, je vais dire à mon père que c’est de ma faute.  T’es super cool d’avoir accepté.

SAMANTHA : Venez vous asseoir, on va commencer tout de suite.

Elle allume la chandelle.  Petit temps.

SAMANTHA : Placez vos mains sur la table.  Fermez vos yeux et prenez une bonne respiration.   Maintenant, on touche tous à la chandelle et on partage nos énergies.

CÉDRIC : On peut-tu sauter des étapes et aller plus vite ?

SAMANTHA : Quand, tu nous interromps, il faut recommencer au début.

CÉDRIC : Désolé, on continue.

SAMANTHA : Donc, on touche tous à la chandelle et on partage nos énergies.

Ils touchent tous à la chandelle.

SAMANTHA :  Ce soir, nous allons poursuivre la tradition initiée par les grands prêtres égyptiens, gardiens de la bibliothèque d’Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand lui-même.

CÉDRIC : Ben voyons donc.

Les autres poussent un soupir.

CÉDRIC : Quoi ?  Une tradition égyptienne, c’est n’importe quoi.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vois pas de problème.

CÉDRIC : Je comprends pas comment une tradition égyptienne vieille de plusieurs millénaires aurait pu se rendre au Québec.

SAMANTHA : Il ne faut pas sous-estimer la puissance de la tradition orale.

CÉDRIC : C’est des histoires de bonne femme.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Joue le jeu Cédric, mets un peu de fantaisie dans ta vie.  T’es trop logique.

CÉDRIC : Moi, je m’en tiens aux faits, aux chiffres.  J’aime les choses qui se mesurent.

SAMANTHA : L’amour, le bonheur, est-ce que ça se mesure ?

JOSIANE : Bon, on peut-tu continuer ?  On va pas y passer la nuit.

CÉDRIC : Je dis plus un mot.

SAMANTHA : Donc, on va poursuivre une tradition des grands prêtres de la bibliothèque d’Alexandrie.  Tout d’abord, il vous faut un gage.

JOSIANE : Un gage ?

SAMANTHA : Un objet qui vous représente ou qui symbolise votre désir.

JOSIANE : Tu m’avais pas parlé de ça.  J’ai rien amené.

SAMANTHA : Me semble que je te l’ai dit.

JOSIANE : Je te le jure.

SAMANTHA : Ben, fouille dans ton sac, trouve la chose qui te représente le plus.

Josiane fouille dans son sac.  Cédric tire le trousseau de clés sur la table.

SAMANTHA en regardant Cédric : Un trousseau de clés ?

CÉDRIC : Moi aussi j’ai rien amené, mais les clés de la bibli, ça me représente bien.  Je passe beaucoup de temps ici à travailler, à placer des livres et à bouquiner.

François-Guillaume place une figurine sur la table.

CÉDRIC : Qu’est-ce que c’est ? Le cavalier d’un jeu d’échec.

FRANÇOIS-GUILLAUME : C’est une figurine de Donjons et Dragons, un chevalier.

CÉDRIC : J’aurais dû y penser.

SAMANTHA : J’ai de la misère à comprendre votre trip, se prendre pour des personnages imaginaires, c’est enfantin.

FRANÇOIS-GUILLAUME : La réalité est tellement plate, ça permet de s’évader.

CÉDRIC : Chacun sa façon de se changer les idées.

SAMANTHA un peu hésitante : Moi, j’ai apporté la montre de mon père.

On sent un malaise circuler dans le regard des autres.

SAMANTHA : Josiane, ton objet.

Josiane place un pruneau sur la table.

LES TROIS AUTRES : Un pruneau ?

JOSIANE : Oui.

CÉDRIC : Ça te représente ?

JOSIANE : Oui, pis c’est pas de vos affaires.

SAMANTHA : Donc, on a tous les objets, on peut commencer.  Vous replacez vos mains sur la table, vous prenez une bonne respiration.  Quand je vais dire « on y va », vous touchez la chandelle du doigt et aussitôt vous allez chercher un livre au hasard dans la bibliothèque, vous ne regardez pas le titre.  Vous le placez à l’envers devant vous.  Si la cérémonie se déroule dans les règles, les livres vont vous révéler une parcelle de votre destin.  C’est compris ?

LES TROIS AUTRES : oui.

SAMANTHA : On y va.

Tous les quatre ensemble, ils touchent la chandelle, vont chercher un livre en coulisse et reviennent s’asseoir.

SAMANTHA : Je vais commencer.  Je vais ouvrir le livre et lire un passage au hasard.

Elle ouvre son livre.

SAMANTHA : Les roches ignées sont le résultat du refroidissement du magma qui provient de l’irruption d’un volcan.  Ce sont des roches très dures.

François-Guillaume et Cédric se mettent à rigoler.

SAMANTHA : S’il vous plaît les gars.  Les livres parlent parfois en parabole, il faut savoir lire entre les lignes.

CÉDRIC : T’as besoin d’avoir une bonne loupe.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui soulève le livre de Samantha : Traité de géologie.  Excellent choix.

SAMANTHA : À toi François-Guillaume.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Très bien.

Il pose les mains sur la table, prend une bonne respiration.  Il ouvre le livre au hasard.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Dame aux couleurs d’ébènes, seule survivante des contrées de l’Est.  Tu m’ensorcelles, tu m’enivres. Dans ta chute, tu m’entraînes et je demeure ton serviteur.

CÉDRIC : Assez songé.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui retourne le livre : Graffitis d’un insomniaque, recueil de poésies de Paul Sénéchal.

CÉDRIC : Le livre parfait pour s’endormir le soir.

SAMANTHA ironique : T’es drôle toi, savais-tu ça ?

CÉDRIC : Qui est-ce qui parlait de mettre de la fantaisie ?

SAMANTHA : Josiane, c’est à toi.

Josiane retourne le livre rapidement et lit.

JOSIANE : Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Ben là, c’est le titre du livre et l’auteur.

CÉDRIC : T’as lu la première page.

JOSIANE : J’ai fait ce que vous m’avez dit.  C’est pas de ma faute.

SAMANTHA : Tu pourras pas connaître ton destin.

CÉDRIC : Ben, cent ans de solitude, je trouve ça assez clair.  Dans son cas particulièrement.

JOSIANE : Aie, qu’est-ce que tu veux dire par là ?

SAMANTHA : Y veut rien dire.  Cédric, il ne manque plus que toi.

CÉDRIC : Parfait, jouons le jeu.

CÉDRIC qui ouvre le livre : Saperlipopette, tu es un véritable gaffeur, une catastrophe ambulante.  De toute ma carrière, je n’ai jamais rencontré un type aussi casse-pieds.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui éclate de rire : C’est une BD de Gaston Lagaffe !!!

Samantha et Josiane le suivent bientôt dans la rigolade.

CÉDRIC : C’est vraiment con votre cérémonie.

Cédric éternue, puis le système d’alarme retenti.

CÉDRIC : Ah non, vite, on sacre notre camp.

Ils ramassent leur gage et déguerpissent.  François-Guillaume apporte également le livre de poésie avec lui.

 

Scène 2 : À la cafétéria de l’école (1)

François-Guillaume lit son livre.  Cédric arrive essoufflé.

FRANÇOIS-GUILLAUME : T’arrive donc ben tard.

CÉDRIC : Ça va mal à matin.  Mon cadran a pas sonné, je me suis levé en retard.  Je trouvais plus ma passe d’autobus.  Il fallait que je paye, mais j’avais plus de monnaies.  Je suis donc venu en courant.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu vas être réchauffé, on commence en éduc.

CÉDRIC : Pas vrai.  J’ai oublié mon kit de sport.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Ils vont te retourner chez vous pour que t’ailles le chercher.

CÉDRIC : Ah, j’ai l’impression que le ciel me tombe sur la tête.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Par Toutatis !

JEANNE qui entre : Cédric, ça fait vingt minutes que je t’attends devant ta case.  Est-ce que tu me prends pour une dinde ?

CÉDRIC : Je m’excuse, je me suis levé en retard.

JEANNE : T’as pas oublié mon livre de math, toujours.  J’ai un cours ce matin.

CÉDRIC : Ton livre de math, non, non, je l’ai.

CÉDRIC qui fouille dans son sac : Ah non, ma bouteille de jus s’est cassée.  Le liquide a coulé sur mes livres.

De son sac, il sort le livre de math qui dégoutte.

JEANNE qui s’empare du livre et constate son état : Un livre de math à odeur d’orange, c’est original, mais je suis pas certain que mon prof va apprécier.

CÉDRIC : Je suis désolé.  Je le rembourserai s’il le faut.

JEANNE : Je vais tenter de l’essuyer du mieux que je peux.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui pointe quelque part dans les coulisses : Y des napkins sur le comptoir.

Cédric va chercher un gros paquet de « napkins » pour essuyer son sac.  Il en donne quelques-unes à Jeanne.

JEANNE : Qu’est-ce que tu lis François ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Un recueil de poésie, Graffitis d’un insomniaque.

CÉDRIC : Quoi ?  T’es parti avec le livre.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Énerve-toi pas quand je vais en avoir fini, je vais te le redonner et tu le ramèneras sans que personne ne s’en aperçoive.

JEANNE : Y a juste à le remettre à son père.

CÉDRIC : Oublie ça.  Monsieur Dupuis, tout le monde l’appelle « Monsieur », est du genre très strict.  Il ne fait pas d’exception.  Même François le vouvoie.  T’imagines le personnage.

FRANÇOIS-GUILLAUME : C’est vrai.  Je m’excuse Cédric.  J’ai pas pu faire autrement.  C’est le livre de mon destin.

JEANNE : De ton destin ?

CÉDRIC : On a fait une cérémonie où chacun lisait son destin dans un livre pris au hasard et je crois que François est resté accroché.

JEANNE : Ah bon.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui récite à la manière des poètes : Dame aux couleurs d’ébènes, seule survivante des contrées de l’Est.  Tu m’ensorcelles, tu m’enivres. Dans ta chute, tu m’entraînes et je demeure ton serviteur. (Il reprend un ton normal) Couleurs d’ébènes, qu’est-ce que ça veut dire ?

JEANNE : D’une couleur très très noire.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je dois donc chercher une fille noire.

JEANNE : Ou habillée en noir.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Hum, ça me donne pas beaucoup d’indices…survivante des contrées de l’Est.

CÉDRIC : Tu vas pas commencer à chercher cette fille, elle existe pas.  C’était juste un jeu, vous l’avez dit.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je sais, je veux mettre un peu de fantaisie, de magie dans ma vie.

CÉDRIC : Et votre « magie » va peut-être faire disparaître mon emploi à la bibli.  Est-ce que ton père a parlé du système d’alarme ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : D’après moi, il sait rien. On a filé rapidement sans laisser de trace.

JEANNE à Cédric : T’avais pas désarmé le système ?

CÉDRIC : Oui, mais rendu à une certaine heure, ça doit se réenclencher automatiquement.

FRANÇOIS-GUILLAUME : C’est un vilain tour des esprits qui hantent la bibli.  On a les dérangés.

CÉDRIC : J’y pense, les clés.  Qu’est-ce que j’ai fait avec ?

JEANNE : Tu dois les avoir égarées quelque part dans le fouillis qui te sert de chambre.

CÉDRIC : Tout d’un coup que je les ai oubliées dans la serrure en refermant la bibli.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu les as mis dans ta poche arrière, je m’en souviens bien.

CÉDRIC qui vérifie ses poches : Mais, je les ai pas.

JEANNE : En rentrant chez toi, tu vas les retrouver.

CÉDRIC : Si je les ai perdues, ça va être la catastrophe.  M. Dupuis va me faire tout un sermon et, surtout, il  va comprendre qu’on a déclenché le système.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas besoin de paniquer.  On n’en est pas encore rendu là.

CÉDRIC : Je voudrais bien vous voir à ma place.

JEANNE : Détends-toi, il y a sûrement une solution.  Prépare-toi, les cours vont commencer.

CÉDRIC : Et j’ai pas mon kit de sport.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vais te passer le mien.

CÉDRIC : Le prof va te retourner à la maison.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je te dois bien ça.  Pis s’ils me renvoient chez moi, je vais y rester.  Il faut que je me prépare.  J’ai un tournoi Grandeur Nature en fin de semaine.

CÉDRIC : Merci, tu me sauves.  J’ai l’impression que la malchance me court après.

François-Guillaume quitte. Ginger entre subitement.  Cédric passe près d’entrer en collision avec elle.

GINGER un peu minette : Regarde où tu vas, Cédric.  Tu pourrais être frappé par la chance et gagner le gros lot.

CÉDRIC :  Merci.  Je ne crois pas aux jeux de hasard.  On perd trop souvent.

GINGER : Si un jour tu es fatigué des prix de consolation, fais-moi signe.

Ginger frôle Cédric et continue son chemin.

JEANNE : C’est pas la malchance qui te court après, c’est cette Ginger gros-lo-lo.  J’aime pas trop ça

CÉDRIC :  Elle perd son temps.  J’aime pas les filles « gonflées ».

JEANNE : Dépêche-toi.  Je voudrais pas qu’on se retrouve en retenue après les cours.  Oublie pas que tu rencontres ma famille ce soir.

Ils quittent.

 

Scène 3 : Amour grandeur nature

Dans un jeu grandeur nature de Donjons et Dragons, Geneviève passe rapidement.  Elle regarde à gauche et à droite et sort.  François-Guillaume arrive.  Il  se promène prudemment à l’affût d’éventuels attaquants.  Il est bien équipé avec un beau costume, une épée en mousse, un gros bouclier, plusieurs protections et un médaillon autour du cou.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Reste t-il un vaillant guerrier pour m’affronter ou suis-je encore une fois le dernier ?

Comme pour lui répondre, Geneviève revient et se place devant lui.  Ses vêtements sont noirs, elle a peu de protection et un petit bouclier.  Elle a une allure gothique.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Oh gente dame, j’ose croire que nous sommes les derniers combattants.

GENEVIÈVE : Ça l’air à ça.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n’ai point l’habitude de croiser le fer avec d’aussi charmante adversaire, mais il ne doit qu’en rester un… ou une et j’ai bien l’intention de me mériter la bourse offerte par le baron.

Geneviève amorce une attaque parée par François-Guillaume.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Madame n’est point une novice et elle sait manier les armes avec adresse.

GENEVIÈVE : J’ai appris jeune à me défendre.

Ils tournent un autour de l’autre.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n’ai pas souvenance d’avoir aperçu votre joli visage et vos armoiries me laissent entrevoir que vous provenez de terres lointaines.

GENEVIÈVE : Je viens de l’est de la ville et j’ai pas l’habitude de me frotter aux péteux de ton genre qui se sentent obligés de parler en trou de cul de poule.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui a une sorte d’illumination : Mais, c’est donc vous.

GENEVIÈVE : Hein !

FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d’ébènes, seule survivante des contrées de l’Est.

Comme François-Guillaume a baissé sa garde, Geneviève en profite pour l’attaquer.  Elle le touche à la cuisse.

GENEVIÈVE : Deux points.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Moi qui vous cherchais partout, j’aurais dû me douter que vous viendriez à moi.

GENEVIÈVE : T’es-tu en train de faire un « bad trip » ?  Je te suis pas pantoute.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous êtes l’incarnation de mon destin.

François-Guillaume a ouvert les bras.  Geneviève l’attaque donc et lui donne deux coups.

GENEVIÈVE : Deux points, deux points.  Il doit plus t’en rester foule.

FRANÇOIS-GUILLAUME : J’ai un médaillon qui double ma ration de vie.

GENEVIÈVE :  Un médaillon de vie, c’est de la tricherie.  Y a juste les p’tits fils à papa comme toué qui peuvent s’en acheter un.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Certes, vous avez mille fois raison et j’accepte de me séparer de cet objet magique afin de rendre la lutte plus équitable.

Il enlève le médaillon qu’il porte au cou.  Geneviève l’attaque aussitôt.  Elle lui assène trois coups.

GENEVIÈVE : T’es complètement fucké.  Deux points, deux points, deux points.

FRANÇOIS-GUILLAUME qui s’agenouille feignant l’agonie : La vie s’échappe de mon corps, mais mon âme vous suivra partout pour vous protéger.  Avant de passer de la vie au trépas, pourrais-je connaître votre prénom.

GENEVIÈVE : T’es con, tu te prends trop au sérieux.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vous en supplie gente dame, daignez me révéler votre prénom avant que mon cœur cesse de battre.

GENEVIÈVE : C’est Geneviève.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Guenièvre, la Guenièvre de Camelot.

GENEVIÈVE : Non, Geneviève… du quartier St-Roch.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon esprit vous suivra donc jusqu’à votre royaume de St-Roch.

Il se laisse choir par terre dans une fin magistrale.

GENEVIÈVE : Yes, je suis la grande gagnante.

Elle quitte.

 

Scène 4 : À la cafétéria (2)

Cédric et Josiane entrent en même temps.  Cédric a un cabaret, Josiane porte son sac.  Ils cherchent une place pour manger.  La table est libre.  Les deux se dirigent rapidement vers la table.  Josiane arrive quelques secondes avant Cédric.

CÉDRIC : Je l’ai vu en premier.

JOSIANE : Je suis arrivé avant toi.

CÉDRIC : Je suis pressé.

JOSIANE : Moi aussi.

CÉDRIC : Bon, ben prend ton côté de table, je prends le mien.

JOSIANE : Parfait, si tu restes sur ton territoire, on devrait pas se chicaner.

CÉDRIC : Mais si tu franchis la frontière, j’appelle les casques bleus.

JOSIANE lentement : Ah… Ah…Ah…Inquiète-toi pas, j’empiète pas sur le terrain des autres, mais j’accepte pas qu’on vienne fourrer son nez dans mes affaires.

Cédric hausse les épaules.  Josiane plonge dans la lecture du roman « Cent ans de Solitude » en croquant un pruneau.  François-Guillaume arrive avec un cabaret et s’assoit du côté de Cédric.

FRANÇOIS-GUILLAUME exalté : Cédric, je l’ai rencontrée !

CÉDRIC : Qui ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d’ébènes.

CÉDRIC : Ça devient une fixation.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Elle m’est apparue sans que je m’y attende.

CÉDRIC : Apparue ? Où ça ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Au tournoi Grandeur Nature.  J’ai croisé le fer avec elle.  Elle était habillée en noir et elle demeure dans l’est de la ville.

CÉDRIC : François, les probabilités que tu rencontres une fille habillée en noir qui demeure à l‘est de quelque part sont très grandes. Tu veux tellement la rencontrer que t’as choisi la première fille qui correspond à la description.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Non, quand je l’ai vu, j’ai ressenti comme un feeling, j’ai automatiquement su qu’elle faisait partie de mon destin.

CÉDRIC : Ça existe pas le destin, c’était un jeu.  C’est toi-même qui l’a dit.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Le problème avec toi, c’est que tu crois à rien.

CÉDRIC : C’est dangereux de croire à n’importe quoi.  J’accepte rien facilement.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Pauvre Cédric, t’es trop terre-à-terre.  C’est pathétique.

CÉDRIC : Toi, tu prends tes désirs pour des réalités.

François-Guillaume fait une moue d’incompréhension.  Les deux garçons mangent leur repas.  Pendant ce temps, Jonathan se présente devant Josiane avec son cabaret.

JONATHAN : Est-ce que je peux prendre la place qui reste ?

JOSIANE : Ben, je sais pas.

CÉDRIC : Il faut garder une place pour Jeanne.  Elle devrait déjà être là.

JOSIANE : Je m’excuse, c’est mon côté de table.  J’ai le droit d’en faire ce que je veux et d’inviter qui je veux (elle se tourne vers Jonathan).  Tu peux t’asseoir.

Jonathan : Cool.

Cédric veut dire quelque chose, mais il éternue.

CÉDRIC à François-Guillaume : Je le sais pas pourquoi, mais on dirait que je suis allergique à cette fille-là.

JOSIANE : Moi, je suis immunisée contre les emmerdeurs.

Josiane reprend sa lecture.  Jonathan l’observe quelques instants et tente d’entrer en contact avec elle.

JONATHAN  : Tu lis « Cent ans de solitude ».

JOSIANE : Non, je regarde les images.

JONATHAN  qui fait un effort pour rire de la blague : Ah, ah…  J’aime beaucoup Gabriel Garcia Marquez.  C’est un de mes auteurs préférés.  Ses romans sont pleins d’humour et de poésie.

JOSIANE : Y a trop de personnages. L’histoire est compliquée.  C’est mêlant.

JONATHAN  : Ah bon.  Est-ce que tu lis ça pour un cours ?

Pour toute réponse, Josiane lève les yeux en signe d’exaspération.

JONATHAN  : Si c’est pour un travail, je peux t’aider.  Je l’ai lu deux fois.

JOSIANE : Deux fois, t’es maso.

JONATHAN  : Non, accroc.

JOSIANE : Laisse faire.  Je lis ça juste pour passer le temps.

Josiane se tourne et continue à lire.  Jonathan reste perplexe.  Ginger passe avec un cabaret.  Elle cherche une place.

GINGER : Salut  Cédric !

CÉDRIC pas trop certain : Salut.

Ginger sort en cherchant une place.

FRANÇOIS-GUILLAUME en riant un peu : Elle te tourne vraiment autour.

CÉDRIC : C’est un non-sens.  Toute l’équipe de football de l’école rêve de sortir avec cette fille, mais c’est après moi qu’elle en a. Me semble que je ne suis pas son genre.  Qu’est-ce qui l’attire ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : La quête.  L’attrait de l’impossible.  Ce qui nous est inaccessible est toujours plus intéressant.

CÉDRIC : Ça fait pas mon affaire.  Jeanne est plutôt jalouse.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous feriez un beau couple Ginger et toi.

CÉDRIC : T’es malade.  Jeanne est la fille de mes rêves.  Du style, une belle personnalité, une tête sur les épaules.  Je voudrais surtout pas la perdre.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas de danger.  Ça va plutôt bien vous deux.

CÉDRIC : Ça va moins bien depuis quelques jours.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Comment ça ?

CÉDRIC : Les circonstances ont joué contre moi.  J’ai taché son livre de math, j’ai manqué deux rendez-vous et t’aurais dû voir le dégât que j’ai fait au souper de famille.  En voulant prendre un petit pain, j’ai accroché le pichet de vin rouge avec ma manche et je l’ai renversé au complet sur la table en ne manquant pas d’éclabousser son arrière-grand-mère de 85 ans.  Sa robe était toute trempe.  Je ne pouvais pas mieux rater mon entrée dans la famille.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Te connaissant, t’as dû virer aussi rouge que le vin.

CÉDRIC : Tout va mal.  D’ailleurs, je n’ai pas encore retrouvé les clés de la bibli.  Est-ce que ton père se doute de quelque chose ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Il n’en a pas parlé.  Tu t’en fais pour rien.  La situation va sûrement se régler d’elle-même.

CÉDRIC : Ça se réglera pas par magie.  Il faut que je les trouve sinon ton père va capoter.  En plus, l’autre jour, j’ai bogué le système informatique.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Saperlipopette, tu es un véritable gaffeur, une catastrophe ambulante.

Cédric le regarde sans rien dire.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Ton destin…

CÉDRIC : C’est rien qu’un hasard.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Hasard ou pas, une chose est certaine.  Si on veut avoir une place au badminton, il faut se dépêcher.

CÉDRIC qui regarde sa montre : Déjà midi et demi.

FRANÇOIS-GUILLAUME : J’y vais tout de suite, tu viendras me rejoindre.

CÉDRIC : Je prends une dernière bouchée et je te suis.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Essaie de ne pas t’étouffer.

François-Guillaume quitte.  Jonathan part également.  Cédric termine rapidement et ramasse son cabaret.  Ginger revient.  Elle semble toujours chercher une place.  Cédric a le nez qui pique et il éternue exactement au moment où Ginger se présente devant lui.  Si bien qu’il se retrouve le visage entre les deux seins de celle-ci.  À ce moment même, Jeanne entre et assiste à la scène.  Pour marquer le grotesque de la situation, les comédiens figent quelques secondes tel un arrêt sur image.  On entend des rires enregistrés.

GINGER langoureuse : Oh Cédric !

Ginger a renversé des aliments sur ses vêtements.  Confus, Cédric l’aide à s’essuyer.  Il a les deux mains sur les hanches de Ginger.

CÉDRIC : Pardon, j’ai été distrait par…

Il regarde les seins quelques instants.

CÉDRIC : …par mon éternuement.

JEANNE hystérique : Salaud !  Je le savais.

CÉDRIC : Jeanne, non, ce n’est pas ce que tu crois.

JEANNE  : Me tromper avec cette… cheerleader piquée aux hormones .

GINGER : Tu devrais te regarder, madame régime minceur qui a tout dans la tête.

JEANNE  : Toi, on devrait t’injecter du collagène dans le cerveau.

Ginger qui ne sait pas trop quoi dire : Toi, t’es une, toi t’es une… Cédric dis quelque chose.

JEANNE : C’est ça Cédric, prends sa part.  Je comprends le message.

CÉDRIC : Mais, je n’ai rien dit.

JEANNE  : Et ton silence est éloquent.  J’ai jamais été aussi humiliée.

Jeanne quitte.

CÉDRIC : Attends, je vais t’expliquer.

Il se retourne vers Ginger.

CÉDRIC : Ah toi !

Ginger le gifle.

GINGER : Tiens, ça t’apprendra à fourrer ton nez partout.

Ginger quitte.

CÉDRIC : C’est un cauchemar, on se croirait dans un mauvais sitcom.  Jeanne, Jeanne.

Il part à la poursuite de Jeanne.  Applaudissements enregistrés et noir.

 

Scène 5 : Josiane et sa mère (1)

Josiane est accoudée sur le coin de la table.  Elle lit un livre.  À côté d’elle, il y a un cendrier plein de cigarettes écrasées.

MÈRE en voix off, on sent qu’elle est un peu éméchée : Josiane… Josiane … Josiane, viens ici.

Josiane ne répond pas, elle continue à lire.  La mère arrive, un verre de boisson à la main.

MÈRE : Josiane, quand je t’appelle, je veux que tu viennes.

JOSIANE : Tu me déranges, fiche-moi la paix.

MÈRE : Viens m’arranger la télé, les postes sont encore toute fuckés.

JOSIANE : Je vas le faire tantôt.

MÈRE : Moi, j’ai dit tout de suite.

JOSIANE : Tantôt, bon.

Un temps.  La mère arrive.

MÈRE : Qu’est-ce que tu fais ?  Tu lis un livre ?

JOSIANE : Oui, pis après.

MÈRE : C’est quoi ?

JOSIANE : Un roman, inquiète-toi pas, je l’ai acheté avec « mon » argent.

MÈRE : C’est la première fois que t’achètes un livre.  Je te vois jamais lire.

JOSIANE : Ça veut pas dire que je lis pas.  J’ai une vie en dehors de la maison.

MÈRE qui rit pour elle-même : Toi, une vie en dehors de la maison.  Voyons donc, tu fais rien, t’as pas d’ami.  Y a jamais personne qui t’appelle.

JOSIANE : Je donne pas mon numéro par que je veux pas que mes amis te parlent.

MÈRE : Pourquoi ?

JOSIANE : T’es toujours chaude.  On sent ton haleine de bière jusqu’à l’autre bout de la ligne.

MÈRE : Comme ça tu me caches pis tu te permets de me juger en plus.  Moi, qui a toute lâché pour toi.

JOSIANE : Recommence pas, t’avais déjà toute lâché avant de te faire engrosser.  Avec un bébé, tu pouvais avoir plus de B.S.

MÈRE : Si j’avais su que j’allais accoucher d’une sans cœur, je serais jamais tombé enceinte.

JOSIANE : Comme ça, j’aurais peut-être pu naître ailleurs, dans une famille qui a du bon sens.

MÈRE : Tu pouvais juste naître icitte.  Tu penses qu’en lisant des livres pis en allant à l’école, tu vas y échapper.  Laisse-moi dire que tu te fais des idées. Tu vaux rien pis tu vaudras jamais rien.

JOSIANE : Je suis ta fille.

MÈRE : T’as raison, je suis une vaurien moi aussi.  La seule différence avec toi, c’est que moi, je l’ai accepté.  Mais, fais-toi s’en pas, ça va venir.  Tu vas t’apercevoir que t’es la dernière d’une grande lignée de vauriens.

JOSIANE  : Arrête, dis-moi pas ça.

MÈRE : Pis un jour, toi aussi tu vas avoir des p’tits vauriens qui vont continuer la lignée.

JOSIANE qui se place les mains sur les oreilles : Arrête, je t’ai dit.

MÈRE : Pis ton père, c’était le plus grand des vauriens.  T’as de qui tenir.

JOSIANE qui crie : Je veux pas en entendre parler.

MÈRE : Les vauriens s’en sortent pas.  On leur donne jamais leur chance.

JOSIANE : Arrête, t’es folle.

MÈRE : C’est toi qui es folle.

JOSIANE : Si je reste avec toi, je vais le devenir.

Josiane ramasse son livre, son sac.

MÈRE : Où tu vas ?

JOSIANE : Je sacre mon camp.  Je suis pus capable.

MÈRE : Ben oui, c’est ça, va-t’en.

JOSIANE : Non, tu comprends pas, je pars pour vrai.

MÈRE : Tu vas coucher où ? Dans la rue ?

JOSIANE : Fais-toi s’en pas, je sais où aller.

Josiane part.

MÈRE : Josiane, reviens icitte je t’ai dit.  Viens m’arranger mes postes de télé.

La mère quitte.

 

Scène 6 : Dans l’est (1)

Geneviève est assise par terre, adossée à un mur.  Elle en train de fumer un joint.  François-Guillaume arrive.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Enfin, je t’ai trouvé.  C’est grand St-Roch.

GENEVIÈVE : Ah, maudit !  Dis à Popeye qui capote pas.  J’ai juste besoin d’une semaine de plus.  Y va la ravoir son argent.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Excuse-moi.  Je le connais pas ton Popeye, le seul Popeye que j’ai vu, y mange des épinards dans les comics.

GENEVIÈVE : Ah, je t’ai pris pour quelqu’un d’autre.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je suis quelqu’un d’autre.  Je suis ton chevalier servant, celui qui s’est sacrifié pour toi.

GENEVIÈVE : Hein !

FRANÇOIS-GUILLAUME : On s’est combattu au tournoi Grandeur Nature.  On était les deux derniers.

GENEVIÈVE : Sans ton costume, j’ai de la misère à te reconnaître.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je suis l’âme dans le costume.  Tu te souviens, je t’ai dit que mon âme irait te rejoindre dans ton royaume.

GENEVIÈVE : Je me souviens surtout que tu délirais.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Non, non.  C’était la réalité.  Maintenant, je suis là.

GENEVIÈVE : Ouïn, pis.

FRANÇOIS-GUILLAUME : C’est ça… Je suis ton chevalier servant.

GENEVIÈVE : T’es fucké toué.  Va te faire soigner.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Attends, je vais t’expliquer.  Tu vas comprendre.  Avec mes amis, on a fait une cérémonie où on ouvrait un livre au hasard pour connaître notre destin, pis là je t’ai vue, toi.

GENEVIÈVE : Tu m’as vu où ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Dans mon destin, dans le livre. Dame aux couleurs d’ébènes, seule survivante des contrées de l’Est, tu comprends, de l’Est.

GENEVIÈVE : Je comprends rien.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu m’ensorcelles, tu m’enivres. Dans ta chute…

GENEVIÈVE : Wow, ça fait.  Là, tu vas sacrer ton camp.  Tu vas retourner dans ton royaume imaginaire pour jouer avec tes bonhommes.  Je veux plus jamais te revoir la face.

Geneviève pousse François-Guillaume.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Mais toi aussi t’aime ça les mondes imaginaires.

GENEVIÈVE : Moi, je vais dans les Grandeurs Natures pour me défouler.

Popeye arrive.

POPEYE à François-Guillaume : Aie le smatte, débarrasse, il faut que je cause avec Geneviève.

GENEVIÈVE : Ah non !

FRANÇOIS-GUILLAUME qui reprend son style chevaleresque: Impossible, je suis son chevalier servant.  Désormais, je la suis pas à pas, telle son ombre.

FRANÇOIS-GUILLAUME se place de façon à protéger Geneviève.

POPEYE : Scram, je t’ai dit.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Monsieur, je vous demande de demeurer plus courtois surtout en la présence d’une gente dame.

Popeye : Ça ben l’air que tu sais pas à qui tu parles.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Non, je l’ignore.  D’ailleurs, il serait de mise que vous décliniez votre identité.

POPEYE : On m’appelle Popeye, mais j’ai rarement besoin de me présenter.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Ça va de soi, tout le monde connaît Popeye.

POPEYE : Tu te fous de ma gueule ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n’oserais jamais Monsieur.  Je respecte les convenances.

POPEYE à Geneviève : C’est qui lui ?  Ton chum ? Y est donc ben weird.

GENEVIÈVE : C’est pas mon chum.  C’est un malade mental.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vous le répète, je suis le protecteur de madame.

POPEYE empoigne François-Guillaume et le menace avec une arme blanche.

POPEYE : Alors, je vais te le dire à toi le protecteur, si ta madame me rembourse pas mes douze cents piastres d’ici trois jours, je vous perce tous les deux.  T’as compris.  Pis je joke pas.  Vous allez être tellement percé que vous pourrez plus fumer sans que la boucane sorte de partout.  C’est-tu assez clair ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : C’est tout ?

POPEYE : T’en veux-tu plus ?

GENEVIÈVE qui se replace en avant de François-Guillaume : C’est correct, on a compris.

POPEYE : Dans trois jours, même heure, même poste.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Nous serons au rendez-vous afin de résoudre ce fâcheux malentendu.

POPEYE : Excellent, alors à bientôt et faites-moi pas faux bond.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Nous n’avons qu’une parole.

Popeye quitte.

GENEVIÈVE : T’es complètement débile.  Ce gars-là aurait pu te tuer sur place.

FRANÇOIS-GUILLAUME : J’ai l’argent.

GENEVIÈVE : Quoi ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : J’ai l’argent.

GENEVIÈVE : Tu veux payer pour moi.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Oui, comme ça, tu vas être délivrée.

GENEVIÈVE : J’ai de la misère à te croire.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Tout ce que je fais est difficile à croire et pourtant, je le fais.

GENEVIÈVE : Pourquoi tu agis comme ça ?

FRANÇOIS-GUILLAUME : Nos destins sont liés.  C’est écrit.

GENEVIÈVE : T’es vraiment le gars le plus bizarre que je connaisse.

FRANÇOIS-GUILLAUME : Et t’as encore rien vu.  Alors, on se voit dans trois jours.  Je te laisse mon numéro de téléphone au cas.

Il lui donne une carte et quitte.

 

Scène 7 : À la biblio (2)

Cédric arrive avec quelques livres dans les bras. Samantha le suit.  Elle a aussi quelques livres entre les mains.

SAMANTHA : Cédric, Cédric.

CÉDRIC : Ah, salut Sam.

SAMANTHA : T’as pas l’air dans ton assiette.

CÉDRIC : Ça va pas très bien avec Jeanne et il m’arrive plein d’affaires plates.  J’ai l’impression que les prophéties de ta cérémonie se réalisent.

SAMANTHA : T’es ben chanceux.

CÉDRIC : Chanceux ?

SAMANTHA : Oui, moi, je n’ai pas encore trouvé le lien avec mon histoire de roches ignées.  Justement, je cherche un livre sur les aborigènes Kezalkobal de l’Indonésie.

CÉDRIC : Les quoi ?

SAMANTHA : Les Kezalkobal, un peuple qui utilisait une roche bien spécifique pour communiquer avec les esprits.

CÉDRIC : Est-ce que tu as la cote du livre ?

Elle lui tend un bout de papier.  Cédric le lit.

CÉDRIC : C’est au fond là-bas.  Deuxième rangée.   À côté des BD.

SAMANTHA : Merci.  Ah oui, t’aurais pas vu Josiane dernièrement ?

CÉDRIC qui éternue : Non, moins je la vois, mieux je me porte.

SAMANTHA : Je sais, vous n’êtes pas les meilleurs amis du monde.  Mais, il faut que tu saches que son milieu familial est plutôt moche.

CÉDRIC : J’imagine.

SAMANTHA : C’est juste que ça fait trois jours qu’elle n’est pas venue à l’école et je suis incapable de la rejoindre à la maison.  Je suis un peu inquiète.  Si tu la vois, dis-lui de m’appeler.

CÉDRIC : C’est bien.

SAMANTHA : Tiens, est-ce que je peux te laisser ça ?

Elle dépose ses deux livres sur la pile que porte Cédric.

SAMANTHA en quittant : À plus.

Cédric veut aller porter les livres, M. Dupuis entre et l’interpelle.

M. DUPUIS : Monsieur Turgeon.

CÉDRIC : Oui.

M. DUPUIS : Mme Larochelle aurait besoin de votre aide au comptoir.

Quelqu’un passe et dépose d’autres livres sur la pile de Cédric.

CÉDRIC : C’est que j’en ai plein les bras.

M. DUPUIS : Alors, terminez votre ouvrage au plus vite et allez la rejoindre.

Cédric vient pour partir.

M. DUPUIS : M. Turgeon.

CÉDRIC : Qu’est-ce qu’il y a ?

M. DUPUIS : Avez-vous retrouvé vos clés ?

CÉDRIC : Pas encore.

M. DUPUIS : Cette situation est très embarrassante.  Si vous ne les retrouvez pas, nous serons dans l’obligation de changer toutes les serrures du bâtiment.  Cela coûtera plusieurs milliers de dollars.  En êtes-vous conscient ?

CÉDRIC : Oui, M. Dupuis.

M. DUPUIS : Vous me semblez dissipé ces temps-ci.  Cet incident s’ajoute à une longue liste de bévues.  Votre dossier commence à être lourd.

Une personne passe et dépose un gros livre sur la pile que porte Cédric.

CÉDRIC : J’avoue que je suis un peu débordé.

M. DUPUIS qui ne semble pas voir que Cédric peine sous le poids des livres : Vous êtes un garçon intelligent.  Je pense que vous saurez vous sortir de cette impasse.  L’important est de ne pas en faire une montagne.

Une autre personne passe et dépose quelques livres de façon à obstruer la vue de Cédric.

CÉDRIC : Ne vous inquiétez pas.  Je vois déjà la lumière au bout du tunnel.

M. DUPUIS : Cette histoire de clés m’indispose.  Depuis que vous les avez perdues, il se produit des événements bizarres dans la bibliothèque.  On dirait qu’elle est habitée par des fantômes.

CÉDRIC : Des fantômes ?

M. DUPUIS : Oui.  Lorsque nous entrons le matin, nous trouvons des meubles déplacés, des livres ouverts et le système d’alarme se déclanche assez souvent.  Je suis perplexe.

CÉDRIC : Je ne sais pas de quoi il s’agit.  Je vais terminer mon travail.

M. DUPUIS : Oui, faites.

Cédric vient pour partir.

M. DUPUIS : Attendez M. Turgeon.  Je n’ai pas terminé. Le directeur général de la Ville, M. Demesmaeker vient signer des contrats pour l’agrandissement de la bibliothèque.  Comme vous êtes dans une veine de malchance, je vous serais gré de ne pas remplir votre quart de travail demain soir.  Gaston vous remplacera.

CÉDRIC : Bien, M. Dupuis.

Cédric tente de s’éclipser.

M. DUPUIS : M. Turgeon.  Une dernière chose. J’aurais une question plus personnelle à vous poser.  Vous êtes l’ami de mon fils, je dirais même un de ses intimes.  Avez-vous remarqué un changement de personnalité dernièrement ?  Certes, il a toujours été fanfaron, mais son exaltation des derniers jours est plutôt déroutante.  Ma femme et moi sommes inquiets

CÉDRIC : Eh, je ne vois pas ce que vous voulez dire.

M. DUPUIS : Si jamais mon fils se place dans une situation disons malencontreuse, j’ose espérer que vous nous préviendrez.

CÉDRIC : Pas de problème.  François-Guillaume est mon meilleur ami.  Je laisserais tout tomber pour lui.

M. DUPUIS : Merci.  Je vous donne ma carte.  Vous y trouverez le numéro de mon cellulaire.

M. Dupuis dépose la carte sur la pile de Cédric.   Celui-ci éternue et laisse tomber tous les livres.  On entend la musique de finale des cartoons de Bugs Bunny. Cédric et M. Dupuis ramassent les livres et sortent.

 

Scène 8 : Chez Samantha

Samantha a une collection de pierres devant elle.  Elle observe quelques spécimens.

MÈRE DE SAMANTHA en voix off : Sam, t’as une de tes amis à la porte.

SAMANTHA : Fais-là monter.

Josiane entre.

SAMANTHA : Josiane, Bondieu, t’étais où ?  Je t’ai tellement cherché.

JOSIANE en haussant les épaules : J’ai rencontré Cédric à la bibli, il m’a dit que tu voulais me voir.

SAMANTHA : T’as-tu vu l’allure ? T’as l’air d’un chien battu.

JOSIANE : Je te dérange.  J’aurais pas dû venir si tard.

SAMANTHA qui se lève pour la retenir : Non, non.  T’as bien fait.  Tu me déranges pas du tout.  Assis toi.

Josiane s’assoit.  Samantha lui met une couverture sur les épaules.

SAMANTHA : J’étais inquiète.  Je suis même allé chez toi.

JOSIANE : T’as vu la chipie.

SAMANTHA : J’ai rencontré ta mère…et j’ai compris bien des choses.

JOSIANE : Je retournerai jamais chez nous.  Je veux plus vivre avec une folle.

SAMANTHA : D’après moi, ta mère a beaucoup de problèmes.  Elle a peut-être pas la capacité pour assumer ses responsabilités.

JOSIANE : La vie avec elle est un enfer.  Elle boit tout le temps.  Elle crie, elle me dit des choses tellement méchantes.  Je suis écoeurée.

SAMANTHA : C’est évident que tu peux pas continuer à vivre dans cet environnement-là.

JOSIANE : C’est pour ça que je pars.  Je suis venue te dire au revoir.

SAMANTHA : Tu vas aller où ?

JOSIANE : Je sais pas.  Je vais partir sur le pouce pour aller à Montréal ou Toronto.

SAMANTHA : T’es malade.  Fais pas ça.

JOSIANE : Pourquoi ?

SAMANTHA : Tu vas finir junkie ou prostituée.

JOSIANE : Ben non, je vais quêter, je vais coucher dans les refuges.

SAMANTHA : Ça l’a pas de bon sens.  Y a sûrement d’autres solutions ?  Y a pas quelqu’un dans ta famille qui peut t’héberger ?

JOSIANE : Personne.

SAMANTHA qui réfléchit un peu : Moi, je peux.

JOSIANE : Merci, mais je suis décidée.

SAMANTHA : Non, tu restes ici.  On a de la place, on a une chambre d’ami.

JOSIANE : Ta mère voudra pas de toute façon.

SAMANTHA : Certain qu’elle va vouloir, surtout quand je vais lui expliquer pourquoi.

JOSIANE : Je veux pas mêler tout le monde là-dedans.

SAMANTHA : Justement, ça te prend de l’aide, y existe du monde pour ça.  Demain, on va aller à l’école pour voir Bob, le technicien en éducation spécialisée de l’école.

JOSIANE : Jamais, ça me tente pas de conter ma vie à tout le monde.

SAMANTHA : Fais-toi s’en pas.  Bob, y est cool.  Y sait comment s’y prendre.  C’est un ancien bum, y en a vu d’autres.

JOSIANE : Je veux pas me retrouver en foyer.

SAMANTHA : Y a pas juste du monde profiteur dans les foyers, faut pas trop écouter tout ce qui se dit.

JOSIANE : J’aimerais mieux retourner chez ma mère qu’aller en foyer.

SAMANTHA : Y a sûrement plusieurs solutions.  L’important, c’est que tu dises qu’il y a des gens qui tiennent à toi.

JOSIANE : Qui ça ?

SAMANTHA : Plein de monde, à commencer par moi.

JOSIANE : T’es la seule.

SAMANTHA : Y a la gang aussi.

JOSIANE : Les autres m’endurent parce que t’es mon amie.

SAMANTHA : C’est pas vrai ça.  Y a plusieurs gars qui te trouvent de leur goût.

JOSIANE : Beuh !

SAMANTHA : Oui, t’es super belle.  C’est juste que tu te mets pas en valeur.

JOSIANE : C’est qui ces gars-là ?

SAMANTHA : Des gars que tu t’amuses à ignorer.

JOSIANE : Dis-moi qui c’est.

SAMANTHA : Ben là, je peux pas te le dire, à toi de le trouver.

JOSIANE : Y a une chose que je comprends pas.  Pourquoi t’es mon amie ?

SAMANTHA : C’est de même, c’est tout.

JOSIANE : J’ai jamais rien fait pour toi, je suis juste un paquet de troubles.  Tu me l’as même déjà dit.

SAMANTHA : Je le pensais pas vraiment.

Silence.

SAMANTHA : Je crois que j’ai beaucoup à donner, parce que j’ai beaucoup reçu.

Silence.

SAMANTHA : Pis j’ai comme un manque, un trou.

JOSIANE : Tu t’ennuies de ton père.

SAMANTHA : Affreusement.

JOSIANE : T’avais sa montre l’autre soir.

SAMANTHA qui prend la montre dans ses mains : Je souffre de son absence, Josiane.  Tu peux pas savoir comment.  Quand il est parti, c’est comme si ma vie, si le temps s’était arrêté.

JOSIANE : T’en parles jamais.  Tu gardes ça en dedans.

SAMANTHA : C’est mon secret.  Mais, maintenant que tu le connais, t’as pu le choix de rester.

JOSIANE : J’aime mieux pas.

SAMANTHA : J’ai besoin d’en parler, j’ai besoin de toi.  Tu pourrais au moins retarder ton départ.

JOSIANE qui réfléchit un temps : Peut-être bien.

SAMANTHA : Parfait.  Je suis contente.  Viens, on va aller voir ma mère.  Est-ce que t’aimes les tisanes ?  On en a une collection.

JOSIANE : Est-ce que vous avez des tisanes aux pruneaux ?

SAMANTHA : Aux pruneaux ?

JOSIANE : C’est mon fruit préféré.  J’en mange à tous les jours.

SAMANTHA : Ah !  C’est donc ça.

Elles sortent.

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