Le petit bourgeois gentilhomme

De Luc Boulanger

Résumé

M. Jourdain, parvenu à la fortune, savoure les fruits de sa richesse. Cependant, son désir ardent de s’élever dans la noblesse le pousse à envisager le mariage de sa fille Lucille avec un noble. Toutefois, Lucille est déjà éprise d’un autre. Pour contrecarrer les desseins de son père, elle sollicite l’aide espiègle de la servante Nicole. Usant de déguisements et de tromperies, Nicole se lance dans une farce ingénieuse pour déjouer les projets du maître de maison.

Cette réinterprétation du Bourgeois gentilhomme de Molière se révèle être une introduction idéale à l’œuvre de ce grand dramaturge. Un condensé habile, ponctué de répliques courtes et accessibles, tout en préservant la beauté et la vivacité du texte original.

Fiche technique

  • Style/Thème : Adaptation d’un classique de Molière
  • Lieu : Résidence du 17ème siècle
  • Nombre de comédiens : 6
  • Durée : 12 min. (7 pages)
  • Âge : 8 à 13 ans
  • Niveau : Intermédiaire, Avancé

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Théâtre Animagination

Extrait de la pièce

Le petit bourgeois gentilhomme

Adaptation du Bourgeois gentilhomme de Molière par Luc Boulanger

Les personnages

M. Jourdain : Le bourgeois
Mme Jourdain : Sa femme
Lucille : Sa fille
Nicole : La servante
Cléonte : Le prétendant de Lucille
Le maître de Philosophie

Cette adaptation du Bourgeois gentilhomme de Molière est protégée par les lois sur le droit d’auteur. Avant de le reproduire (le photocopier), le présenter devant public ou le publier sur papier ou de façon électronique, assurez-vous d’avoir les autorisations requises. 

Scène 1

L’action se déroule dans les appartements du bourgeois.
M. Jourdain entre seul en scène.

M. Jourdain : Comme je suis content de mon nouvel habit. Mon tailleur m’a dit que les gens de qualité s’habillaient comme cela. Nicole !

Nicole se présente.

Nicole : Oui ! Monsieur !

M. Jourdain : Rien ! C’était seulement pour être certain que vous étiez là.

Nicole : Je suis là monsieur !

M. Jourdain : Fort bien. Savez-vous ce que fabrique mon maître de philosophie ? Il est encore en retard. J’enrage ! Au diable le philosophe ! La peste étouffe le philosophe !

Le philosophe entre. Nicole sort.

Philo : Monsieur !

M. Jourdain : Ah ! Vous voilà ! J’allais me mettre en colère contre vous.

Philo : Venons-en à notre leçon !

M. Jourdain : C’est parfait, car j’ai toutes les envies du monde d’être savant.

Philo : Ce sentiment est raisonnable. Par où voulez-vous que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne la logique ?

M. Jourdain : Qu’est-ce que cette logique ?

Philo : Celle qui enseigne les trois opérations de l’esprit.

M. Jourdain : Qui sont-elles, ces trois opérations de l’esprit ?

Philo : La première, la seconde et la troisième.

M. Jourdain : Oh non ! Apprenons autre chose qui soit plus joli.

Philo : Voulez-vous que je vous apprenne la morale ?

M. Jourdain : Qu’est-ce qu’elle dit cette morale ?

Philo : Elle enseigne aux hommes à modérer leurs passions.

M. Jourdain : Ah non ! Je suis coléreux comme tous les diables et je veux me mettre en colère quand j’en ai envie.

Philo : Alors, que voulez-vous que je vous apprenne ?

M. Jourdain : Apprenez-moi à bien parler, comme les gens de qualité.

Philo : Bon.. Très bien. D’abord, pour savoir parler comme un gentilhomme, il faut bien prononcer les voyelles. Il y a cinq voyelles : A, E, I, O, U.

M. Jourdain : J’entends tout cela.

Philo : La voyelle A se forme en ouvrant fort la bouche : A.

M. Jourdain : A, A, Oui.

Philo : La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut : A, E.

M. Jourdain : A,E; A,E. Ma foi, oui. Ah que cela est beau !

Philo : Vous pouvez ajouter une consonne, comme la lettre D qui se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d’en haut : DA, DA, DE, DE.

M. Jourdain : DA, DE, DA, DE. Oui les belles choses ! Les belles choses ! J’aimerais aussi savoir bien tourner les mots pour pouvoir écrire un livre. Je tirerais beaucoup de prestige à écrire un livre.

Philo : Est-ce que vous allez écrire des vers ou de la prose ?

M. Jourdain : Non, point de vers.

Philo : Vous allez donc écrire de la prose.

M. Jourdain : Non, je ne veux ni prose, ni vers.

Philo : Il faut bien que cela soit l’un ou l’autre.

M. Jourdain : Pourquoi ?

Philo : Parce qu’il n’y a, pour s’exprimer, que la prose ou les vers.

M. Jourdain : Il n’y a que la prose ou les vers ?

Philo : Oui Monsieur. Tout ce qui n’est point prose est vers et tout ce qui n’est point vers est prose.

M. Jourdain : Et quand l’on parle, qu’est-ce donc que cela ?

Philo : De la prose !

M. Jourdain : Quand je dis « Nicole, apportez-moi mes pantoufles et mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?

Philo : Oui ! Monsieur !

M. Jourdain : Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que je n’en sache rien.

Philo : Voilà ce que c’est que d’être instruit, monsieur.

M. Jourdain : C’est assez pour aujourd’hui. Je vous remercie de tout mon coeur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

Philo : Je n’y manquerai pas !

M. Jourdain donne quelques sous au philosophe. Puis, le philosophe sort. M. Jourdain reste seul quelques instants. Nicole et Mme Jourdain entrent en riant.

 

Scène 2 de cette adaptation du Bourgeois gentilhomme de Molière

M. Jourdain : Qu’est-ce que vous avez encore à rire ma servante et ma femme ?

Mme Jourdain : Il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le monde.

M. Jourdain : Qui est donc tout ce monde-là, s’il vous plaît ?

Mme. Jourdain : Du monde qui a raison. Quant à moi, je suis scandalisée de la vie que vous menez. Depuis que vous vous êtes mis en tête de devenir « Gentilhomme », la maison est sans cesse sans dessus dessous.

Nicole : Madame parle bien. Je ne suis plus capable de garder mon ménage propre depuis que vos maîtres à chanter et à danser viennent crotter nos beaux planchers avec leurs grandes bottes.

M. Jourdain : Ouais ! Notre servante Nicole a le caquet bien affilé pour une paysanne !

Mme. Jourdain : Nicole est pleine de bon sens et je me demande ce que vous pensez faire d’un maître à danser à l’âge que vous avez.

Nicole : Et d’un maître de philosophie qui vous apprend à parler comme à la petite école.

Les deux femmes se remettent à rire.

M. Jourdain : Taisez-vous ignorantes! Pour devenir un gentilhomme, il faut savoir bien parler. Par exemple, savez-vous ce que vous dites maintenant ?

Mme Jourdain : Je sais que ce que je dis est très raisonnable.

M. Jourdain : Je ne parle pas de cela. Ce que c’est que les paroles que vous dites ?

Mme Jourdain : Ce sont des paroles bien sensées.

M. Jourdain : Non, le langage que nous parlons, qu’est-ce que c’est ?

Mme Jourdain : Je ne sais pas.

M. Jourdain : C’est de la prose, ignorantes. Quand on parle, on fait de la prose.

Les deux femmes applaudissent.

Mme Jourdain : Bravo, cela vous sera très utile pour mener vos affaires.

M. Jourdain (Vers Nicole) : Et toi, sais-tu bien comment il faut faire pour dire A ?

Nicole : Comment ?

M. Jourdain : Dis un peu A pour voir.

Nicole : Eh bien, A.

M. Jourdain : Qu’est-ce que tu fais ?

Nicole : Je dis A.

M. Jourdain : Mais quand tu dis A, qu’est-ce que tu fais ?

Nicole : Je fais ce que vous me dites.

M. Jourdain : Ah l’étrange chose que d’avoir affaire à des ignorantes.

Mme. Jourdain : Vous devriez plutôt oublier ces sottises et songer à marier votre fille qui est en âge de l’être.

M. Jourdain : Je songerai à marier ma fille lorsqu’il se présentera un bon parti pour elle. Trêve de bavardage, j’ai des tâches à accomplir. Je vous laisse à votre ignorance.

M. Jourdain quitte.

Mme Jourdain (à Nicole) : Ma pauvre fille. Tu sais tout l’amour que le brave Cléonte a pour elle. C’est un homme que j’aime beaucoup et je voudrais les aider car j’ai bien peur que mon mari ne soit pas du même avis que moi.

Nicole : Moi, je suis du même avis que vous madame.

Mme Jourdain : Va chercher Cléonte pour qu’on puisse enfin régler cette affaire.

Nicole : C’est une commission très agréable madame.
Nicole part et Mme Jourdain la suit peu après.

 

Scène 3 de cette adaptation du Bourgeois gentilhomme de Molière

Cléonte entre.

Cléonte : Lucille, êtes-vous là ? Lucille ?

Lucille arrive.

Lucille : Est-ce bien votre voix que j’entends ?

Cléonte : Oh Lucille, deux jours sans vous voir sont pour moi deux siècles.

Lucille : Et pour moi deux éternités.

Cléonte : Un simple mot de votre bouche et mon coeur s’enflamme.

Lucille : Je voudrais tant que notre rêve puisse devenir réalité.

Cléonte : Je suis prêt à surmonter tous les obstacles pour obtenir votre main.

Lucille : Ma mère s’entretient présentement avec monsieur mon père dans l’espoir d’influencer ses sentiments. Justement, ils arrivent.

Mme Jourdain arrive la première.

Mme Jourdain : Cléonte, enfin, vous voilà. Je crois que l’instant est bien choisi pour faire votre demande.

Cléonte : Ah madame, comme vos paroles flattent mes désirs.

M. Jourdain arrive.

Cléonte (à M. Jourdain) : Monsieur, je ne prendrai pas trop de votre temps et de détours pour vous demander de me faire l’honneur d’être votre gendre.

M. Jourdain : Avant de vous donner une réponse, j’aimerais savoir si vous êtes gentilhomme ?

Cléonte : Je suis né de parents honorables et je possède assez d’argent pour que votre fille ne manque de rien, mais je dois vous avouer que je ne suis pas gentilhomme.

M. Jourdain : Monsieur, ma fille n’est pas pour vous.

Ateliers de cinéma

Cléonte : Comment ?

M. Jourdain : Vous n’êtes point gentilhomme, vous n’aurez pas ma fille.

Mme Jourdain : Encore cette histoire de gentilhomme !

M. Jourdain : Je veux donner à ma fille un mari qui soit noble !

Lucille : Oh Père ! Comme vous êtes cruel !

Lucille s’en va en pleurant.

Mme Jourdain : Vous voulez un noble pour votre fille, mais moi, je n’y consens point !

M. Jourdain : Moi, je vous dis que c’est une chose que j’ai résolue.

Mme Jourdain : Ah !

Mme Jourdain sort d’un côté et M. Jourdain de l’autre. Nicole reste seule avec Cléonte.

Nicole : Pourquoi ne vous lui avez pas dit que vous étiez gentilhomme ?

Cléonte : Parce que je ne suis pas gentilhomme.

Nicole : Quelle importance que cela soit vrai ou faux, ne voyez-vous pas que notre homme est fou ?

Cléonte : Tu as raison, j’aurais dû le faire.

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