La Chasse-galerie

De Luc Boulanger

Résumé

La veille du jour de l’An, des bûcherons isolés dans un chantier perdu au fond des bois invoquent le pouvoir de la Chasse-galerie afin de voyager en canot par les airs et ainsi rejoindre leurs familles et les réjouissances du village pour une seule nuit. Mais ce pacte maléfique impose des conditions sévères qui mettent en péril le salut de leurs âmes.

Cette emblématique légende canadienne-française, héritée des vieux pays d’Europe, est ici adaptée pour le théâtre de manière à rendre accessible une aventure fantastique sans artifice et sans effets spéciaux, quoique certains puissent être ajoutés à la mise en scène.

Fiche technique

  • Style/Thème : Légende québécoise
  • Lieu : Un canot
  • Nombre de comédiens : 8
  • Durée : 25 min. (18 pages)
  • Âge : Adultes, 8 à 13 ans, 13 à 17 ans
  • Niveau : Intermédiaire, Avancé

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Informations générales

Théâtre Animagination

Extrait de la pièce

La Chasse-galerie

Adaptation théâtrale librement inspirée du conte d’Honoré Beaugrand

Les personnages de cette adaptation de la Chasse-galerie
Honoré
Octave
Beloeil
Albert
Charles
Magloire
Arthur
Joe

Décors et costumes : Les habits de l’époque étaient souvent fabriqués en laine : manteaux, chemises à carreaux, tuques, mitaines… La fourrure était très prisée, mais souvent accessible seulement aux mieux nantis. Pour le décor, l’auteur propose huit avirons et huit grosses bûches de bois sur lesquels les interprètes pourront s’asseoir et suggérer ainsi la randonnée en canot.

À la fin du texte, vous trouverez des notes de l’auteur sur le langage de l’époque et un glossaire de mots utilisés par les bûcherons du XIXᵉ siècle.

Cette adaptation de la Chasse-galerie est protégée par les lois sur le droit d’auteur. Avant de  la reproduire (la photocopier), la présenter devant public ou le publier sur papier ou de façon électronique, assurez-vous d’avoir les autorisations requises.

 

Scène un : Présentation

Honoré : Attachez vos tuques, mes amis, car on s’en vient vous conter une histoire que d’aucuns considèrent comme des menteries de vieux radoteux.

Octave : Comme on l’a vécu nous autres-mêmes, notre présence icitte à soir, vous prouve, hors de tout doute, qu’elle est aussi vraie que la neige fond au printemps.

Beloeil : C’est une vérité tellement dure à craire, qu’on n’aurait pas pu l’inventer, même en se creusant la cervelle.

Albert : Il y a déjà belle lurette, nous étions tous bûcherons dans un chantier si reculé dans la grande forêt qu’y avait même pas de nom sur les cartes.

Charles : Nous, c’est moué, Charles, dit Charlot, le jeunot, la p’tite jeunesse, le plus jeune du groupe, mais le plus vaillant.

Magloire en riant : Wo là ! Wo là ! Mets-en pas tant ! Pour ma part, je m’appelle Magloire et je suis la gloire de mon coin de pays, champion incontesté du tir au poignet.

Arthur : Champion également du lever du coude.

Il mime le mouvement d’un buveur de boisson. Les autres éclatent de rire.

Arthur : Devant vous se dresse Arthur, le roi de la sciotte et du godendard, qui produit tant de bran de scie qu’on pourrait en remplir des poches de farine.

Honoré : Ici présent, Honoré, pour vous servir ; grand mangeur de beans au lard et amateur déclaré de la compagnie des jolies créatures.

Albert : Il a brisé plus de cœurs que de manches de hache, c’est peu dire… Moué, c’est Albert, Ti-Bert pour les intimes. Dans ma famille, on est draveurs de père en fils. Le canotage, ça me connaît.

Octave : Si vous avez besoin d’un calleur de rigodon, il n’y en a pas un comme Octave pour mener la danse. Je connais tous les airs populaires de tous les cantons.

Beloeil : Et il n’a pas son pareil pour chanter la pomme… Depuis que je chus haut comme ça, on me surnomme Beloeil. J’ai rien qu’un œil, mais au moins y est clair pis y voit deux fois plus loin.

Magloire : Il reste notre cook, Joe, le plus ancien du chantier, qui regarde pas à la dépense pour nous remplir la pense. Son ragoût de pattes de cochon et sa tourtière sont connus à des lieues à la ronde. Y est pas jaseux, mais y en est pas moins ratoureux.

Joe acquiesce en souriant.

Arthur : C’est par lui que toute cette affaire a commencé.

Octave : Parlant de commencer, installez-vous confortablement, mesdames et messieurs, pendant qu’on réchauffe nos babines et qu’on astique nos bottines.

 

Scène 2 de cette adaptation de la Chasse-galerie : Tentation

Charles prend une bonne respiration.

Charles en aparté : On était rendu au soir de la Saint-Sylvestre. Les hommes avaient trimé comme des bœufs toute la journée et quand le foreman a crié…

Honoré qui imite le foreman avec un accent anglais : Terminé, tout le monde au camp !

Charles en aparté : On a trainé nos jambes jusqu’à la cabane. L’ambiance était aussi frette en dedans qu’en dehors.

Albert : Encore pogné pour casser la nouvelle année avec vous autres, les gars… C’est pas que je vous aime pas…

Beloeil : Mais on n’a pas la peau douce comme ta belle Alvina.

Magloire : Pourtant, je me sus faite la barbe à matin, moué.

Ils rient un peu par dépit.

Arthur : Reste qu’on se fait raser la laine sur le dos par les boss de Montréal pis de Québec qui abusent de leur situation.

Honoré : On est juste des p’tits Canadiens-français mal payés, maltraités, avec seulement un jour de congé pour la nouvelle année.

Octave : J’ai pour mon dire qu’à un moment donné, on va se lever deboutte pis devenir quelque chose comme un grand peuple.

Albert : Pas de notre vivant, en tout cas.

Magloire : Je sais pas ce que je donnerais pour aller fêter au village à soir pis prendre un p’tit coup.

Beloeil : On va jouer aux cartes comme d’habitude, pis boire du vieux rhum de la Jamaïque.

Joe : Quand on veut, on peut.

Charles : Qu’est-ce que tu veux dire par là, Joe ?

Joe : Si vous avez envie de vous rendre au village à soir, je peux ben vous y mener.

Arthur : Tu sais comme moué que toutes les routes sont ensevelies sous la neige.

Joe : Il nous reste toujours le grand canot.

Albert : La rivière est gelée dure comme de la pierre.

Joe : Un canot, ça glisse pas rien que sur l’eau…

Charles : De quessé tu parles ?

Les autres se regardent ; petit silence.

Honoré : Y nous parle d’invoquer la Chasse-galerie.

Beloeil : Avez-vous perdu la raison ? Je veux ben croire qu’on s’ennuie comme des martyrs, mais de là à pactiser avec le malin.

Octave : C’est jouer avec le feu.

Arthur : Le feu de l’enfer.

Charles : Je comprends rien là.

Joe : La Chasse-galerie permet aux canots et à leurs passagers de s’élever dans les airs et de filer comme un aigle.

Beloeil : Mais tu mets ton âme en jeu.

Charles : C’est des vieilles légendes. Vous êtes pas sérieux.

Joe : Tu doutes de moué ? Tu doutes d’un pouvoir qui nous vient des ancêtres des vieux pays. Sache qu’à six reprises, j’ai voyagé avec la Chasse-galerie… Pis je suis encore dans mes culottes pour t’en parler. J’hésiterais pas une seconde à y retourner.

Albert : Sept, c’est un chiffre malchanceux.

Magloire : Je le répète, moué, je donnerais n’importe quoi pour aller fêter au village à soir. J’ai les reins tout raqués. Une veillée me ferait du bien pour me dérouiller les os.

Octave : Les veillées chez le père Batissette sont fameuses. Tous les meilleurs violoneux s’y donnent rendez-vous.

Honoré : La belle Liza Gambette va sûrement y être. Elle qui me fait des yeux doux. J’aimerais ben l’inviter pour le premier rigodon.

Arthur : Ma femme a dû accoucher en novembre, pis je sais même pas si j’ai une autre fille ou enfin mon garçon.

Albert : C’est certain que je m’ennuie de la maison moué aussi, mais…

Magloire : Mais, qui ne risque rien n’a rien.

Beloeil qui les regarde intensément : Vous êtes prêts à tenter le yâbe ?

Joe : Y s’agit seulement d’être prudents et pis de suivre les instructions.

Beloeil : Faites ce que vous voudrez ; j’ai déjà perdu un œil, je veux pas perdre le reste.

Joe : Faut être huit pour manier le grand canot dans les airs. Canoter sur les courants d’air ou sur les rapides d’une rivière, ça demande un savoir peu commun.

Magloire : Lâche-nous pas Beloeil ! On va avoir besoin de ta vue perçante pour nous guider.

Charles : Moué, je crois pas à ces histoires-là.

Octave : Alors, t’as rien à perdre.

Magloire qui fixe Beloeil droit dans l’œil : T’es avec nous autres, mon ami ?

Beloeil qui abandonne : Ouais… j’viens avec vous.

Joe : Parfait. Ramassez vos affaires pis habillez-vous chaudement. On se retrouve dans la clairière devant le cap dans une heure. Arrangez-vous pour que les autres gars du chantier s’aperçoivent de rien.

 

Scène 3 de cette adaptation de la Chasse-galerie : Lévitation

Honoré en aparté : Une heure plus tard, nous étions tous au rendez-vous dans la clairière. La lune, presque pleine, s’était trouvé une ouverture à travers les nuages. Nos ombres s’étiraient sur la neige immaculée.

Arthur en aparté : Dans le silence, nos regards trahissaient une peur certaine, mais aussi une excitation, celle d’un pari quitte ou double.

Honoré en aparté : Au prix de grands efforts, on avait tiré un énorme canot, un rabaska, au milieu du champ.

Joe : Là, avant d’embarquer, je dois vous instruire de trois règles qu’il ne faut enfreindre sous aucun prétexte.

Albert : On est tout ouïe, mon Joe.

Joe : Premièrement, durant tout le voyage, vous ne devrez en aucun temps prononcer le nom du Créateur, ni même blasphémer.

Magloire : Torvis !

Joe : Deuxièmement, faut s’assurer que l’embarcation ne frappe point un clocher d’église ou une croix dressée sur une montagne.

Octave : Des églises, y en a pas gros dans le coin.

Joe : Enfin, nous devons être de retour avant que le soleil ne perce l’horizon… Si une seule de ces règles n’est pas respectée, nos âmes deviendront la propriété du malin qui pourra en disposer à sa guise.

Charles : Coudonc, les conditions sont encore pires que nos contrats de travail.

Beloeil : Y est toujours temps de changer d’idée.

Magloire : On recule pas. On est pas des peureux.

Les gars se regardent et se font un signe d’assentiment.

Joe : Prenez place dans le canot pour avironner de votre côté le plus fort.

Aviron à la main, ils forment deux rangées de quatre. Beloeil et Joe sont en avant. Albert va barrer en arrière.

Joe : Prince des ténèbres, en connaissance de cause, nous invoquons les pouvoirs de la Chasse-galerie qui nous transportera à travers les airs, par-delà les montagnes jusqu’à notre village pour une nuit seulement. Acabris ! Acabras ! Acabram !

Petit temps.

Charles qui vient pour se lever : Y se passe rien. Je le savais.

Joe : Assis-toué le jeune. Laisse donc le temps faire son ouvrage.

Arthur : Oh… mon D…

On sent qu’il vient pour dire « Dieu ». Les autres, effarés, se tournent vers lui.

Albert : Ça y est… ça commence.

À mesure que l’embarcation s’élève, ils se penchent vers le bas. Sauf Joe, ils sont extrêmement nerveux.

Charles : Ben voyons donc ! Ça se peut pas ! Je veux descendre.

Magloire : Tu te disais vaillant. Tu l’es-tu ou tu l’es pas ?

Charles reprend partiellement le contrôle de lui-même.

Octave : J’ai couché ben des arbres dans mon existence, mais y a rien de plus beau qu’un sapin deboutte qui pointe sa flèche vers le ciel.

Honoré : On voit les terres qu’on a défrichées… pis toutes les belles forêts qui restent encore en arrière.

Beloeil : J’avoue que c’est magnifique. À cette hauteur-là, le monde paraît ben petit.

Albert : Le camp a l’air d’un jouet d’enfant.

Joe : C’est pas le temps de s’épivarder. En cadence !

Joe lève son aviron et va donner le rythme.

Arthur : Par où on se dirige ?

Magloire : On suit le sillon que la rivière s’est tracé jusqu’au fleuve.

Beloeil qui pointe une direction : Par là !

Avec son aviron, Albert dirige le canot dans la bonne direction.

Albert : On dirait quasiment qu’on flotte sur l’eau.

Octave : Donnez tout ce que vous avez. Le village nous attend ! La fête nous attend.

Les hommes avironnent de toutes leurs forces.

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Adaptation de la Chasse-galerie

 

Tableau des répliques par personnage et par scène de cette adaptation de la Chasse-galerie

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